LUCIEN JEAN-BAPTISTE : « POURQUOI NOUS DETESTENT-ILS, NOUS LES NOIRS ? » VOLET 2 DE LA MINI-SERIE QUI DEMONTE LES IDEES RECUES.

Lucien Jean-Baptiste, réalisateur et acteur, prend la caméra pour le deuxième volet de la mini-série « Pourquoi nous détestent-ils ? » initiée par Alexandre Amiel. Place à l’intime et au partage dans ce nouvel épisode cette fois sur les noirs de France. 55 minutes menées avec efficacité par le créateur de « Dieumerci ! » et de « La Première Etoile » à voir le 3 octobre sur Planète à 20h45 ! 

Rencontre avec un artiste très concerné :

La proposition d’Alexandre Amiel a-t-elle facile à accepter ?

Ah non ! Pas un instant. D’abord parce que je n’avais pas le temps. Ensuite parce que le sujet est complexe. J’avais, pourtant, une forte envie de le faire. Il a réussi à me convaincre parce qu’il le sentait bien. L’écriture documentaire est une écriture frontal et c’est tout ce que je n’aime pas. Le cinéma me permet justement d’apporter un point de vue en douceur. Rencontrer de vrais racistes comme c’est le cas dans le doc, ça ne m’intéressait pas. Et puis, je n’avais pas d’élément déclencheur, jusqu’au jour où mon fils rentre de l’école et dit à la mère d’un autre enfant : « A part mon père , je n’aime pas les noirs !!« . Là, j’ai senti qu’il fallait que je fasse quelque chose. Avec Maud Richard, nous sommes partis à l’assaut de cette question : « Pourquoi nous détestent-ils, nous les noirs ?« .

Vous sentiez-vous légitime pour dénoncer les clichés dans un documentaire plus que dans un film ?

Au début, je me disais : « Qu’est-ce que j’ai à dire, moi ? Je vais bien. Je suis privilégié. Mes enfants vont bien« . Et puis finalement, j’ai pensé que justement, c’est pour toutes ses raisons que je dois le faire. Dire autrement que par la fiction ce qui cloche dans ce pays. Ceux qui doivent dénoncer ne sont pas seulement les gars qui sont dans la galère et qu’on n’écoute plus.

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C’est votre première expérience documentaire. Quelle différence majeure avec le cinéma ?

J’ai découvert l’exercice et je trouve ça super mais je suis plus à l’aise avec la fiction. J’aime qu’il y ait un peu de poésie. J’ai l’impression que les idées passent mieux auprès des gens avec l’humour. C’est plus digeste surtout en c’est temps difficiles. Mais je suis content parce que le documentaire est autour de mon parcours et de moi. Sans verser dans l’égo trip, je voulais partager avec l’intime.

Exactement. Nous entrons dans votre univers. Cette tentative vous donne d’autres envies de documentaire ?

Oui. Dans le cinéma, quand on est comédien noir… on ne te donne pas toujours les moyens de te réaliser. Les sujets doivent être inscrits dans la comédie… Alors si je vois que j’ai du mal à monter des films portant des sujets sérieux, je me tournerais sans doute vers le doc.

Au long de l’enquête, on vous entend dire « Ça va être dur !! ». Pouvons-nous être optimiste ou faut-il d’ores et déjà dire  à la jeunesse issue de l’immigration : « C’est foutu » ?

Les choses évoluent mais le rythme est extrêmement long. Les femmes n’ont obtenu les Droit de vote qu’il y a peu. Il y a un retard immense dans l’évolution des mentalités et c’est ce sentiment là qui est difficile.  2 pas en avant, 2 pas en arrière. Par exemple, aux Etats-Unis, on risque de se retrouver avec un Trump après avoir connu une avancée majeur avec Obama. Mais il faut garder espoir.

Et être dans l’action…?

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Tout à fait. Je n’ai pas fait de grandes études. J’ai fait. Parler ne suffit pas. J’aurais pu parler longtemps du racisme comme une théorie. Bien non ! A un moment, je décide de faire des films !

Est-ce que vous vous sentez seul à Faire ?

Non ! C’est dur et long de fabriquer un film. Je sais qu’il y a plein de gens qui tentent de faire des choses. Mais il y a un paramètre souvent oublié : On est moins nombreux ! Aux USA, il y a 40 millions de noirs. Il y a donc un marché. Ils ont fait leur business. Ici, on est loin de cette démarche. Déjà, que veux dire communauté noire ? Il y a la communauté antillaise, malienne ou sénégalaise, mais noire… non. L’Afrique n’est pas un pays ! Le seul point commun qui rassemble tous les noirs, c’est le racisme extérieur. De l’intérieur, nous sommes complètement différents. Dans les milieux antillais, il faut savoir que nous n’avons pas encore de bourgeoisie comme peuvent avoir les sénégalais ou autres pays africains. Il y a trop de nuances pour mettre tous les noirs dans le même sac. Donc moi j’avance en humain et comme disait Martin Luther King « Quand je me bats pour les noirs, je me bats pour les hommes« .

Vous êtes un homme de cinéma, mais quel est votre regard sur la représentation des noirs à la télévision ?

C’est un ensemble. Là encore, il ne faut pas ruer dans les brancards. C’est pas l’histoire du méchant blanc qui ne veut pas du noir à la télé. Nos carrières sont des métiers risqués. Le cinéma demande beaucoup d’argent. La majorité des noirs en France sont plutôt issus de milieux défavorisés. Donc avant qu’une famille fraîchement arrivée du bled trouve naturel de s’inscrire aux cours Florent, il faut quelques générations. Eux sont venus pour travailler et ne demandaient pas à s’épanouir. Nous, nous sommes nés ici et nous trouvons légitime d’écouter nos aspirations. Il faut un temps long pour que les choses bougent. Les noirs à la télé n’étaient pas la préoccupation première des ces familles qui venaient pour raisons économiques. Pour leur survie.

Mais les savoir représentés peut donner un espoir ?

Oui, il faut une juste représentation pour qu’il n’y ait pas que le foot et la musique comme vecteur de réussite. On peut tout faire. Je revendique la même chose pour les femmes. Il faut ouvrir et se faire entendre. Les médias ont une responsabilité pour faire évoluer l’image de l’homme noir.

Et comment avez-vous trouvé Chocolat ? Et les rôles offerts à Omar Sy ?

omar sy

Omar Sy, je l’adore ! Il a fait un pas énorme. Il vient de dire à toute l’industrie qu’un noir pouvait attiré 20 millions de personnes au cinéma pour « Intouchable« . Alors, oui dans « Chocolat« , il nous montre encore le noir gentil et souriant… maintenant il va falloir nous montrer dans d’autres formes de personnages. Et pas forcement avocat ou médecin ! Pourquoi faudrait-il être Superman quand on est noir. Fleuriste, c’est bien aussi. Nous devons faire attention de ne pas tomber nous aussi dans ce travers revendicatif qui est de demander des rôles de supers héros avec des taf de dingue pour être légitimé. Tous les métiers sont bons. Pour mon dernier film qui sort en janvier 2017, « Il a déjà tes yeux« , les producteurs m’ont dit : « Ton noir doit être super intégré, type avocat« . Ah bon !! Un noir pour qu’il soit intégré, il faut qu’il ait un bac plus 20 ??? Ma mère ne sera jamais intégrée alors. L’intégration c’est pas être un héro, c’est être un citoyen. Mais je comprends ce qu’on attend par le prisme de l’avocat…

Ça passe par l’école et l’éducation ?

Oui, il y a un gros boulot à faire auprès des enfants. Ces 3 documentaires sont une pierre. Nous sommes aller dans les écoles avec Lilian Thuram et j’ai été navré de voir le niveau d’ambition. Les gamins sont déjà résignés. C’est triste. Ça vient aussi des parents, il faut aussi les éduquer et leur dire que vos enfants peuvent espérer plus. Comprenons que « Mohamed » c’est Français maintenant. On est là et avec ce climat ambiant de conflits importés, il faut résister. Dans mon doc je voulais surtout dire au jeune Mamadou : « Tu es libre, vas y mec ! ». Je ne veux pas que les jeunes s’enferment !

Yasmina Jaafar

Photos : Caméra Subjective

 


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