ALEXANDRE AMIEL : « POURQUOI NOUS DETESTENT-ILS, NOUS LES JUIFS ? » VOLET 3 DE LA MINI-SERIE QUI DEMONTE LES CLICHES !

Alexandre Amiel a eu l’idée de la série « Pourquoi nous détestent-ils ? ». Etre juif, noir ou arabe en France pose parfois problème. Le producteur et journaliste met les pieds dans le plat en initiant une série sans tabou, fine et efficace. Planète+ diffuse le dernier volet ce lundi 10 octobre à 20h45.

A voir sans faute ! Rencontre :

L’idée cette série vient de vous ou est-ce une envie commune avec Amelle Chahbi et Lucien Jean-Baptiste?

Mon film puis cette série vient d’une question : mon fils de 11 ans me demande un jour : « Papa, pourquoi est-ce qu’ils nous détestent, nous les juifs ? ». J’ai tenté de répondre par la négative mais il insistait jusqu’à dire « Mais tu ne regardes pas la télé ?? Viens on part en Angleterre !« . Je suis resté comme un con. Moi, je ne me vis pas comme juif. Je suis français, joueur de tennis, etc… je suis multiple mais j’ai dû me poser quelques questions. A savoir comment suis-je perçu au final ? Il y a peut-être une banalisation de l’antisémitisme et comme je vis dans un milieu privilégié, je ne veux pas la voir ? Il fallait donc que je trouve une réponse.

Votre fils a le sentiment de courir un danger et vous pensez-vous que la France s’est assez mobilisée contre cette banalisation ?

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Je ne pense pas que la France serait descendu dans la rue s’il n’y avait eu que l’hyper cacher en effet… mais c’est humain, on est toujours plus sensibilisé si on tue un voisin que celui qui est 5 rues plus loin, ou la ville d’après et le pays lointain. C’est ainsi. Mais je n’ai pas voulu m’arrêter là et j’ai tenu à faire un film pour montrer à mon fils ce que je sais de nous.

Alors pourquoi ajouter le regard d’un noir, Lucien Jean-baptiste et d’une arabe, Amelle Chahbi ?

Si j’avais fait un seul film… on aurait dit encore « Pourquoi encore un film sur les juifs, et pourquoi ne pas connaître le point de vue des arabes ou des noirs ? » Puisque nous sommes dans la culture victimaire et que l’on imagine à qui pourrait appartenir la plus grande douleur, je réponds par 3 films et non 1 seul où tout serait mélangé et abordé. Nous participons au débat de façon plus constructive ainsi. Ces films ne sont pas des objets communautaires et encore moins communautaristes. Ils racontent la France d’aujourd’hui.

Le repli vous inquiète-il ?

Oui. Aujourd’hui, il y a en effet un repli communautaire de taille. Et chacun voit en l’autre… l’Autre. Alors que quand j’étais gamin, on se vivait pas comme ça. Ce qui a changé, c’est la peur.

Une peur qui exacerbe et qui libère la parole ?

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Le racisme est souvent ordinaire, pas toujours violent mais à la fin ça détruit du lien social. Les clichés sont tenaces. Tout ça se raconte, se montre pour justement leur tordre le cou.

Qu’avez vous pensé du film de Yvan Attal « Ils sont partout » ?

C’est très différent. Lui a fait un film de cinéma. Moi, je ne sais pas faire un long métrage. Notre démarche était de raconter tous les racismes. 1h chacun pour tenter d’explorer toutes les douleurs. Raconter les 3 : juifs, noirs et arabes, on ne peut pas être soumis au procès du « encore eux« . Yvan a, lui, parlé de lui avec sa sensibilité de cinéaste.

Vous vous êtes mis en scène dans l’intime sans crainte ?

Oui. Nous avons voulu montrer nos familles pour justement montrer que nos Familles ressemblent  à toutes les Familles françaises peu importe leurs religions ou origines. Un thé en famille, c’est un thé en famille.

Quel est l’héritage de François Mitterrand que vous évoquez dans votre film ?

Il ne faut pas regarder l’esclave avec la philosophie des Lumières. Chacun est à son époque. Mitterrand est descendu dans la rue quand il s’agissait d’antisémitisme. Alors peut-être qu’il l’a instrumentalisé en attendant il l’a fait. En même temps, il n’a jamais voulu condamner Vichy parce que c’est une partie de son histoire. Et Chirac a parlé du « Bruit et de l’odeur » alors qu’il n’a jamais voulu s’allier à l’extrême droite… Les hommes politiques restent des hommes d’Etats.

Vous êtes positif quant à la suite de la situation en France ?

Il y a un réel problème de vivre-ensemble. On ne se connait pas. On s’éloigne les uns des autres, de jours en jours. J’ai voulu faire des films de français pour retrouver un socle commun.

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Tout passe par l’éducation… aimeriez vous que vos films soient montrer dans des écoles ?

Oui, j’aimerais beaucoup aller dans les écoles et défendre cette idée mais ça n’est pas à moi de faire ce genre de démarches. (Rires)

Quels sont les projets de votre société Caméra Subjective en cette rentrée 2016 ?

Il y a la 3ème saison de « 200 millions de critiques » animé par Guillaume Durand sur TV5 monde et un nouveau programme sur la chaîne Voyage intitulé « City two« . Un guide de voyage à deux : un couple, un Smartphone, une destination et un week-end. Ça commence le 7 octobre.

Yasmina Jaafar

Photos : Caméra Subjective

 


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