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Alexandre Michelin publie "Apparitions". L'entrepreneur et l'homme de médias nous raconte la télévision. Et si elle représentait réellement la France dans toute sa variété ?! Le livre d'entretiens nous apprend beaucoup sur l'histoire de notre télévision et nous pousse à nous poser les bonnes questions. Diffuseurs et amateurs de ce médium, à bon entendeur...

En ce mois de novembre confiné, les français peuvent découvrir de très beaux documentaires sur les antennes de France Télévisions. C'est aussi le mois du documentaire : une initiative à laquelle est partenaire le groupe public. Rencontre avec Catherine Alvaresse, la Directrice des Documentaires de France Télévisions

Qu'est-ce qu'est le "mois du documentaire" duquel France télévisions est partenaire ?

Il s’agit d’une opération conjointe des acteurs du documentaire, institutionnels, diffuseurs, société des auteurs, ministère de la culture et bien sûr la cinémathèque du documentaire qui organise dans les cinémas de France des projections de documentaires… bien sûr cette année l’édition 2020 se déroule en ligne :

https://moisdudoc.com/

Est-ce un événement mondial ?

Non c’est un évènement foisonnant mais national !

Ce genre semble avoir une belle image depuis quelques années. Comment l'expliquez-vous ?

Pour plusieurs raisons. A la fois formelle : le genre documentaire est un genre qui se renouvelle sans cesse tant dans la forme de ses récits (codes qui empruntent à la fiction, à l’animation, feuilletonant) mais aussi dans ses contenus qui deviennent essentiels dans ces périodes sombres et fracturées pour décrypter et se réapproprier le réel. 

Le documentaire sort de la télévision pour arriver de plus en plus dans les salles obscures. Que recouvre cet intérêt des distributeurs selon vous ?

Je ne suis pas distributeur mais cet intérêt est certainement lié à l’appétence du public, même jeune pour ce genre.

Vous êtes Directrice des Documentaires chez France Télévisions. Comment souhaitez-vous les faire évoluer au sein de la grille des programmes ?

France Télévisions est le premier diffuseur de documentaires en France et en Europe. Nous sommes profondément attachés à ce genre et nous le défendons et l’exposons sur l’ensemble de nos chaînes linéaires et non linéaires.

Mon souhait est encore de renforcer notre offre documentaire, afin que ce genre pluriel et multiple dans ses contenus et ses approches puissent contribuer à stimuler nos débats de société tout en sachant rassembler le plus grand nombre . Que nos films créent un impact durable et bénéfique.

Vous êtes aussi membre de l'association #PFDM (Pour les femmes dans les médias). Toutes les thématiques sont-elles accessibles aux femmes comme aux hommes ? L'Histoire, la politique… ?

Les femmes réalisatrices sont assez nombreuses dans les films de société mais pas encore assez dans les films d’histoire, de découverte, de science ! Mais c’est bien le reflet  de notre société : les femmes ont peu accès aux études scientifiques, et les femmes ont encore bien souvent la charge matérielle ( et mentale !) des familles ; beaucoup d’entre-elles hésitent voire culpabilisent à quitter leurs familles pour partir sur des tournages découvertes à l’autre bout du monde....

Catherine Alvaresse est Directrice des Documentaires de France Télévisions

Si non, comment faire évoluer les mentalités pour qu'une femme puisse porter ces thèmes en tant que auteure et/ou réalisatrice ?

C’est un travail collectif et sans relâche : tout cela passe d’abord par l’éducation, apprendre aux filles qu’elles peuvent tout apprendre, tout entreprendre, être libres, que leur genre fille ne soit jamais un obstacle.

Et que cette éducation soit faite dans les écoles bien sûr mais aussi tous les jours dans tous les interstices de la société. Il faut être vigilant, ne pas lâcher car cette liberté est fragile.

PAR ROXANE GOULAM, PHARMACIEN NÉGOCIATEUR.

Le cannabis est une plante aux multiples facettes. Célèbre pour son usage récréatif, bien qu’illégal en France, il gagne aussi en notoriété dans un tout autre domaine : la médecine. Nous vous proposons un point de situation sur les vertus thérapeutiques et l’intérêt grandissant qu’on lui prête.

L'usage thérapeutique de l'espèce végétale Cannabis sativa, notamment pour soulager douleurs et nausées, ne date pas d'hier, mais de plusieurs siècles. Après avoir traversé les époques et les continents, il a été grandement limité en Occident au cours du XXème siècle. En ce temps-là, de nouveaux médicaments aux doses standardisées viennent faire de l'ombre aux extraits de cannabis alors utilisés. En parallèle de ces avancées, le cannabis voit sa cote de popularité chuter : il est décrié, prohibé puis classé en France et à l’international comme drogue sans usage médical.

Un contexte contraignant pour la recherche clinique ! Néanmoins, le progrès scientifique ne connaissant pas de répit, des découvertes ont eu lieu au cours des dernières décennies et ont permis un regain d’intérêt scientifique pour les vertus supposées du cannabis.

La science a notamment élucidé quelques mystères quant au fonctionnement des cannabinoïdes, un type de molécules dont regorge la plante. Parmi eux, on retrouve les deux principales substances actives du cannabis : le fameux delta-9-tétrahydrocannabinol (THC), auquel on attribue les effets euphorisants et addictogènes de la drogue, et le cannabidiol (CBD).

Ces connaissances ont servi de base au développement de cannabinoïdes de synthèse et à l'exploration de différentes pistes thérapeutiques, comme le traitement de nausées et vomissements, de l’anorexie chez certains patients, ou encore de certaines formes d'épilepsie et de douleurs.

Les résultats des essais cliniques menés jusqu'ici demandent à être consolidés, néanmoins certains médicaments à base de cannabinoïdes ont d’ores et déjà pointé le bout de leur nez. Si la règlementation française a fini par évoluer en 2013 pour autoriser leur commercialisation, elle reste très stricte à l’égard du cannabis, toujours classé comme stupéfiant. Ce statut rend difficile l’accès à ces traitements pour les patients.

A ce jour, on parle de trois spécialités pharmaceutiques autorisées en France. Deux d’entre elles sont disponibles dans le cadre d'une utilisation temporaire et restreinte : l'Epidyolex® (CBD), indiqué dans certaines formes rares de crises épileptiques, et le Marinol® (THC de synthèse), indiqué dans des douleurs neuropathiques résistantes. La troisième, le Sativex® (THC et CBD) est autorisée depuis 2014 dans le traitement de la spasticité liée à la sclérose en plaques, mais n’est toujours pas commercialisée sur le territoire, faute d'entente entre le laboratoire et les autorités sanitaires sur le prix de vente.

Voilà, pour l’heure, l'état des lieux. Et la suite ?

La suite, c'est le projet d'expérimentation du cannabis à usage médical sur deux ans, qui vise à inclure 3000 patients en milieu hospitalier. Et là, on ne parle plus des médicaments précités mais d’autres préparations à base de cannabis brut ou légèrement transformé, dont l’usage fumé sera proscrit !

Cette proposition, portée notamment par notre actuel ministre de la santé, Olivier Véran, s’inscrit dans la loi de financement de la sécurité sociale. Elle a reçu un accueil favorable, à la fois de la part de l’Assemblée Nationale et des instances sanitaires. Selon le décret d'application, l'aventure devrait démarrer au plus tard en mars 2021.

L'expérimentation aura pour objectif d'évaluer la faisabilité du circuit de mise à disposition, sous contrôle, du cannabis médical pour les patients. Dans le même temps, elle permettra le recueil de données supplémentaires relatives à son efficacité et à sa sécurité d'emploi.

Bien sûr, ce pas vers le changement en inquiète plus d'un car l'usage du cannabis à des fins médicales, même suivi et encadré, n'est toutefois pas sans risques d'abus et d'effets nocifs pour la santé. Pour d'autres, la France n'est pas franchement avant-gardiste en la matière et ne fait qu'apporter une réponse déjà tardive à une forte demande de la part de patients en impasse thérapeutique. Dans tous les cas, la perspective d'une légalisation du cannabis thérapeutique ne laisse pas indifférent et est bel et bien envisagée dans notre pays.

RENCONTRE :

Le 13 octobre 2017 votre vie bascule. La journaliste Sandra Muller vous accuse de "harcèlement sexuel au travail" via un tweet. Amandine, journaliste à BFMTV vous propose de lui répondre. Vous refusez. Si c'était à refaire, pensez-vous que cette prise parole immédiate aurait pu changer le cours des choses ?

Il faut bien comprendre l’état de sidération qui était le mien à l’époque et le climat ambiant de chasse à l’homme. Ce n’est pas par hasard si quasiment toutes celles et tous ceux qui se retrouvent dans cette situation choisissent de garder le silence. Le tsunami m’est tombé dessus d’un seul coup. Et je ne savais plus où donner de la tête. J’ai avant tout pensé aux miens, ma famille, mes proches, auxquels il faut expliquer ce qui s’est passé, gérer leur réactions, leurs interrogations, leurs craintes. J’ai dû faire des choix rapides concernant mes filles et c’était le plus important.  Je croyais naïvement que la raison allait l’emporter. En parallèle, votre nom se retrouve à la Une des médias, les erreurs s’empilent, les menaces pleuvent, les insultes aussi. On a menacé de s’en prendre à mes enfants.

Évidemment, avec le recul, on se demande si cela n’aurait pas été mieux de se jeter dans l’arène tout de suite. Mais en fait, à chaud, c’est impossible et cela ne sert pas à grand-chose.

Mon discours aurait été inaudible, noyé et utilisé contre moi. La preuve en est que lorsque j’ai pris la parole pour donner ma version des faits, tout le monde s’est empressé de dire que j’avais avoué… Donc, cela n’aurait servi à rien et cela aurait été contre-productif. On était en plein dans les débuts de l’affaire WEINSTEIN auquel j’ai été directement et volontairement comparé directement par les tweets qui ont lancé le #balancetonporc puisque le surnom du producteur aux États Unis est « the pig ». Comme l’a expliqué Raphael ENTHOVEN, le parti unanime et ses cohortes de suiveurs sur les réseaux sociaux était en marche. Essayez une fois de vous y opposer et vous comprendrez que c’est impossible à chaud.

Certaines personnes, qui se reconnaitront dans le livre, ont essayé de prendre la parole pour expliquer, notamment, que la notion de « harcèlement sexuel à caractère professionnel » dont j’étais accusé posait problème étant donné que je ne travaillais pas avec la rédactrice des tweets. Ils ont été laminés, insultés voire menacés dans l’exercice de leur métier.

ERIC BRION - BALANCE TON PÈRE - LATTES

Les mêmes médias qui ont participé au lynchage, vous félicitaient lors de votre victoire au tribunal contre Sandra Muller. Qu'est-ce que cela vous inspire ? 

J’ai été littéralement abasourdi par la réaction des médias. Aucune vérification, aucune enquête. Tout ce que disait mon accusatrice était pris comme une vérité définitive. Il n’y avait aucune place pour la contradiction, le débat, le doute. Les médias se sont engouffrés derrière Twitter. Comme par peur d’être distancés. Dans le livre, je relate une conversation avec une amie journaliste à laquelle je pose une question simple : « pourquoi l’avez-vous crue ? ». Sa réponse résonne encore : « car c’est une femme et qu’elle est journaliste » !

Il ne faut pas oublier que l’affaire WEINSTEIN est née d’une enquête détaillée de 6 mois dans le New York Times. 6 mois d’enquête, c’est quand même autre chose que 2 tweets rageurs, non ? Mais en fait le résultat est quasiment le même à chaud. La machine s’est emballée. Et cela fut très manichéen : la journaliste soi disant harcelée représente le bien ; l’ex patron blanc quinquagénaire représente le mal. L’histoire était simple, facile à raconter, claire et sans équivoque, mainstream. Je reste éberlué qu’aucune enquête sérieuse de vérification n’ait été faite à l’époque. Cela aurait quand même permis de rappeler où cela s’était passé (en octobre 2012 lors du MIP et non au Festival de Cannes comme cela a été dit et répété.) Cela aurait aussi permis de rappeler qu’il s’agissait d’une courte conversation et non de sms… Cela aurait aussi permis de mettre en avant que je n’avais aucun lien hiérarchique avec cette personne… Or, cette enquête, on l’a laissé faire à mon accusatrice.  Et on l’a crue. J’ai posé la question à beaucoup de patrons de médias. Leurs réponses sur le thème du « vous comprenez » ne m’ont guère rassuré. Cela pourrait se reproduire demain matin. Et pourtant, je pensais que la presse classique pourrait jouer ce rôle, ce contre poids à la folie des réseaux sociaux. Ce fut tout le contraire. Ils se sont mutuellement nourris, d’erreurs en erreurs, se passant le relais invisible de l’infamie. C’est au final la justice qui a remis les pendules à l’heure. LA Justice, celle qui se rend dans les tribunaux, pas celle des réseaux sociaux et des médias. Et cette Justice, celle de notre pays, celle où on peut se défendre avec des avocats, où l’on peut parler et expliquer a clairement condamné mon accusatrice pour diffamation publique.

Et de la même manière, cette décision a amené les médias a critiquer l’attitude de la patronne de la Lettre de l’Audiovisuel, voire du niveau faible de la compensation financière au regard des dégâts dans ma vie personnelle et professionnelle. Mais je n’ai pas vraiment senti d’autocritique. Le meilleur exemple est le TIME qui n’a jamais fait état de la condamnation, m’a interviewé après le jugement, mais n’a jamais diffusé l’interview.

Ce qui a changé, c’est que j’ai pu m’exprimer et corriger les erreurs, les amalgames, raconter comment ma vie avait été broyée, mes proches touchés, ma réputation balayée. Alors, peut être que me donner la parole est une forme d’auto-critique. Je ne sais pas. Nous verrons lors de la prochaine affaire de ce type. Que se passera t il au desk d’une rédaction quand on verra surgir quelques tweets accusateurs ? le rédacteur en chef se rappellera t il mon histoire ? ça serait déjà ça ! Peut être aussi que les patrons de rédaction qui liront cette interview me proposeront de venir intervenir devant leurs équipes pour en débattre ? Est-ce utopique ? Je ne le crois pas, mais je suis peut etre naif, sans doute. Une experte du secteur m’a dit la chose suivante : la presse est malade ; alors il faut la contourner. J’espère que non.

Condamné par l'opinion public et le tribunal #Twitter, vous écrivez une tribune dans Le Monde pour pallier des manquements professionnels. Pensez-vous que la recherche de la vérité pose problème ?

C’est une vraie question. Et je n’ai pas la réponse. Car, évidemment, tous les médias n’ont pas réagi de la même manière. Il y a quand même eu des garde-fous au fur et à mesure dans de nombreuses rédactions. Mais d’autres cas, que je décris dans le livre me posent un vrai problème. Des médias ont pris fait et cause contre moi. Et c’est leur droit le plus évident. Chaque média peut avoir une ligne éditoriale claire sur un sujet (en l’occurrence être systématiquement au soutien des femmes). Et elle s’est résumée ainsi : en faire des tonnes sur le sujet au début en relayant allègrement des fake news sur l’histoire, m’attaquer car « j’ai osé » porter plainte et sous-entendre que je faisais tout cela pour l’argent en insistant sur le niveau de ma demande de dommages et intérêts, avant de ne pas parler de la décision de justice.

Évidemment, un magazine s’est distingué sur ce sujet, l’Obs, dont une journaliste, Marie VATON, a écrit que j’étais le patron de l’initiatrice du #Balancetonporc en 2012, idée reprise par cette personne sur Twitter, mais ne m’a jamais exprimé le moindre regret et a eu beaucoup de mal à diffuser mon correctif. Comme si au fond, seule la cause défendue était importante. Et cela a été un choc pour moi. Et tout ce qui s’en écarte n’a pas le droit de cité. Enfin, une dernière chose m’a profondément choqué : la très faible qualité de l’analyse de l’audience devant la 17ème Chambre du TGI de Paris. Pourtant, tout était là. L’histoire, les explications, les plaidoiries, nos témoignages. Aucun média n’a relaté ces 3 heures avec toutes les clés pour avoir les différents points de vue, les éléments juridiques. J’espère qu’il n’en sera pas de même lors de l’appel.

SANDRA MULLER

Vous évoquez dans "Balance ton père" le manque de nuance qui envahit de plus en plus les débats publics. Vous aviez aussi réclamé le droit à la nuance dans cette même tribune. Est-ce que la disparition de l'importante "Nuance" est une mode ou est-ce un changement de paradigme qui s'opère ?

Clairement ! La nuance n’intéresse pas ! trop fade, trop long à raconter. Pas assez vendeur. Si je l’ai évoqué, c’était aussi pour mettre en exergue le délirant écart entre ce qui s’était passé et les conséquences.

Mais je ne crois pas beaucoup au changement de paradigme inverse, surtout si on continue à laisser Twitter continuer à inonder le monde de message aussi péremptoires que ceux qui m’ont accusé et qui sont des modèles parfaits de ce qu’il faut faire, dans le ton, les mots utilisés et les accusations balancées, pour faire la peau d’une personne. Mais je crois que le vrai changement de paradigme, c’est celui de la place de la vérité à l’heure des fake news, de la recherche de la sincérité qui mobilise plus que de la véracité. J’invite tous vos abonnés à lire, sur ce sujet, le dernier et remarquable ouvrage d’Elsa GODART, Ethique de la Sincérité (Survivre à l’ère du mensonge). Une très bonne manière de décrypter l’actualité récente et mon histoire.

Votre ami Joël vous propose de laisser courir. Vous ne l'écoutez pas. Vous tentez malgré l'ambiance pro féministe de vous défendre.
Quitte à tout perdre, vous préfériez le faire selon vos dires et votre propre voix refusant ainsi l'assignation ?

Une de mes plus grandes satisfactions des derniers jours, c’est de recevoir des messages d’ami(e) s qui ont lu le livre et qui m’avaient conseillé de laisser passer l’orage. De me taire, au risque de remettre à chaque fois une pièce dans le juke box. Ils reconnaissent que j’ai bien fait de me battre, d’écrire, de ne pas me laisser broyer. Et c’est une belle leçon pour mes filles (Flora et Gabrielle dans le livre). Et pour toutes celles et tous ceux qui pourraient à leur tour être confrontés à ce qui m’est arrivé. On peut s’en sortir, même contre Twitter, les médias et la vindicte populaire. Il faut se battre pied à pied, ne rien lâcher. De toutes les manières, je n’avais pas le choix. Une anecdote illustre cela. Il y a 3 semaines, une journaliste de CNews a lu à l’antenne le dernier tweet de la créatrice du #BalancetonPorc. Dans ce tweet, elle disait : « Je n’en peux plus de la vieille Badinter… ». Et immédiatement, la chroniqueuse rappelait l’histoire et me citait comme « le porc 0 ». Car être le premier bouc émissaire de cette histoire (le Porc émissaire comme l’a écrit Eugénie Bastié), a pour conséquence que toute évocation de Balance ton Porc remet directement une pièce dans la machine.

Vous écrivez "l'erreur n'efface pas la conviction" en évoquant le roman La Tache de Philip Roth. Y a-t-il eu un transfert entre le personnage qui vit une injustice et vous ?

C’est étonnant avec le recul qu’il m’arrive une histoire proche, sur le fonds, de celle d’un de mes romans préférés qui se passe sous dans un contexte politique différent mais proche.  Alors évidemment, j’ai pu me mettre dans la peau de Coleman SILK, même si je n’ai pas fait le même choix que lui. Et encore plus car j’ai relu le roman début 2018 avant de plonger dans Le Lambeau, autre histoire de résilience.

Vous réglez vos comptes avec les #haters : "Je vous hais". Lequel est le plus à blâmer de Twitter, (une intelligence artificielle utile mais compliquée, un outil qui participe à la libération de la parole), ou des utilisateurs ?

Je pense qu’il y a plusieurs types de haters, mais je ne prétends pas être un spécialiste du sujet. Il y a ceux qui se sentent investis d’une mission et peuvent parfois toucher un sujet important. Mais pour la plupart, ce sont des suiveurs qui se déplacent en meute, sans idée et restent planqués derrière des pseudos et des avatars. Au fond, Twitter est devenu le bras armé de leurs frustrations.
De l’autre côté, Twitter vit grâce à ces fidèles soldats de la démolition en ligne, ceux qui retweetent, commentent, like, font grossir les phénomènes, attirent l’attention et au final les revenus de la plateforme. D’ailleurs, on a commencé à voir Twitter se bouger un peu quand les annonceurs ont menacé d’arrêter d’investir. Dans mon histoire, la problématique est un peu plus complexe car Twitter s’est engagé directement dans mon affaire. Son DG France, Damien Viel, a apporté son soutien direct à mon accusatrice la veille de l’audience. Comme une forme de remerciement pour tout le buzz créé, le volume de messages (900 000…) et les débats autour, légitimant le rôle de la plateforme. En faisant cela, il a passé une ligne jaune importante pour moi : celle de la neutralité de la plate forme. Car si cela ne choquerait personne que le patron d’un média donne son avis sur un sujet, je pensais naivement que Twitter était une IA neutre, sans avis sur le fond des sujets à l’époque (on était loin des interventions actuelles dans la campagne électorale aux USA). Or, on peut demander un droit de réponse à un média, mais pas à Twitter. Et cela devrait amener les pouvoir publics à réfléchir au statut de ce réseau social.

Le réseau est selon vos écrits un "sac à vomi". La loi Avia s'est vue retoquée par le Conseil Constitutionnel. Plaidez-vous pour une évolution de la constitution au regard de l'affaire Samuel Paty ?

Nous sommes tous conscients du rôle joué par Twitter dans plusieurs affaires plus ou moins récentes. Et j’ai été absolument choqué quand un de mes beaux fils m’a montré la photo de la tête de Samuel Paty que le terroriste avait postée et qui avait évidemment été vue et récupérée par des milliers de personnes. Mais comment est-ce possible ? Comment peut on laisser passer ça ? Comment peut-on aussi continuer à laisser des gens dire des horreurs planqués derrière des pseudos ? Sans que la justice puisse obliger Twitter a révéler leur identité. Là encore une anecdote : un anonyme, planqué derrière le compte Twitter Livesport a écrit que j’avais été viré de France Télévisions pour harcèlement sexuel. Et cela a été repris allègrement par tous mes «amis » haters… c’est évidemment faux puisque c’est mon recrutement par EQUIDIA qui a motivé mon départ du Groupe Public. Et cette accusation délirante a été démentie par l’ancien Directeur Général de France Télévisions sans aucune ambiguïté.

J’ai engagé une procédure pour savoir qui se cachait derrière ce compte. Twitter a refusé de révéler son identité et l’affaire a été classée par la justice. C’est édifiant, non ? Alors oui, je suis favorable à ce qu’on poursuive le travail parlementaire autour de ce sujet. On ne devrait pas pouvoir ouvrir un compte sur Twitter sans donner des coordonnées qui permettraient à la justice de mettre immédiatement la main sur ceux qui possèdent ces comptes. Et je suis aussi pour une responsabilisation de Twitter. Le réseau doit pouvoir répondre devant la justice de certains messages qu’il diffuse. L’impunité doit s’arrêter. C’est trop facile de se planquer derrière son petit doigt et de dire « ce n’est pas moi, je n’y suis pour rien ». Le législateur doit dire STOP !

Il existe des désaccords entre les féministes âgées de 25 ans et les plus anciennes. Comment ce conflit de génération vous a-t-il permis de communiquer avec vos filles ?

J’explique dans le livre à quel point la vision est différente entre les femmes de ma génération et leurs filles ou leurs petites filles. C’est un débat qui existe entre ma mère et ma fille, car elle considère qu’elle grandit dans un monde tellement plus favorable que celui qu’elle a connu dans les années 60. Et c’est un débat que j’ai aussi avec Gabrielle (son prénom d’emprunt dans Balance ton Père) depuis le début de cette histoire. Je considérais qu’elle allait grandir dans un univers plus facile que celui de sa mère ou de ses grands-mères. Et c’est une évidence sur plein de sujets. Mais, au fond, pour sa génération et particulièrement au Québec où elle étudie, ces acquis issus des combats féministes sont derrière elle. C’est un peu comme si elle et ses amies partaient de 0 et se battaient contre des centaines d’années d’oppression. Donc le débat continue et je lui demande de rester vigilante car tous les acquis peuvent aussi être remis en cause. On le voit par exemple en Pologne sur la question de l’avortement. Et nous n’avons pas fini de discuter, de nous engueuler, de nous réconcilier… Pour la cadette, qui n’a que 15 ans, c’est encore un peu tôt mais elle va grandir et je me prépare à des discussions à trois qui risquent d’être assez rock and roll.

Que leur devez-vous ?

Tellement ! Dans les moments les pires, je me suis accroché à leur image. Je ne vis pas avec elles au quotidien, comme c’est le cas pour beaucoup de parents qui ont des enfants étudiants et éloignés ou qui connaissent les « joies » de la garde alternée. J’ai simulé que tout allait bien et quand elles n’étaient pas là, je fixais leur image, à travers des photos. Sans le savoir, je m’étais créé mon support de résilience. Quand le moral chutait, je pensais à elles. Balance Ton Père est avant tout un livre sur la relation père/fille et parent/enfant. Je leur dois aussi les moments les plus beaux, ceux où je me suis échappé avec elles pour des week-ends ou des vacances, ceux de la victoire en justice.

La voix des hommes fut absente durant la période #metoo. N'est-ce pas délicat de vous retrouver à la fois "Accusé" et "militant" ? Est-ce étrange ou logique ?

J’ai été étonné de l’absence quasi-totale des hommes dans ce débat. Dans la première année, 90% des articles sur #MeToo ont été écrits par des femmes. Et les hommes n’ont pas participé à ce débat fondamental. Comme si on pouvait instauré un débat de société avec uniquement la moitié de celle-ci. Quand j’ai fait remarqué à un patron de quotidien que les 8 papiers écrits sur ce sujet l’avait été par des journalistes femmes, il ne m’a pas cru, avant de l’admettre… Comme s’il y avait eu une auto-censure ou une confiscation du débat que je ne trouve pas saine. Rares sont ceux qui ont osé s’immiscer dans ce débat, et notamment Raphaël Enthoven, avec une pensée qui a toujours évolué et sans a priori.

Du coup, je me suis retrouvé à devoir donner mon point de vue sur mon histoire. Mais toujours en m’appuyant sur des faits et en lisant et écoutant les autres. Le livre raconte ce parcours singulier car j’ai essayé aussi de me mettre à distance de mon histoire pour débattre. Je sais que ce n’est pas simple mais il y a un sujet qui me préoccupe et pour lequel je souhaiterais m’engager : c’est l’absence de lieux de dialogue entre les hommes et les femmes. Je lis beaucoup de discours d’affrontement et l’utilisation de termes guerriers. L’utilisation du terme « dommage collatéral » pour me qualifier était déjà un indicateur ce fossé. Et un pas a été franchi dans certains discours ultra féministes récents. Tout cela est connu. Mais ce que je raconte dans Balance Ton Père, c’est aussi l’invisible, le discours violent d’hommes qui ne supportent plus les attaques et souhaitent se rassembler pour lutter. Des mouvements existent en ce sens aux États-Unis. Je n’ai pas donné suite à de nombreuses demandes pour incarner un tel mouvement, mais il serait peut être intéressant que les pouvoirs publics imaginent des lieux de dialogue et de concorde avant qu’un nouveau séparatisme n’émerge.


La roue tourne et Nathalie entre dans votre vie un an après avoir tout perdu. Cette rencontre vous apprend-elle à "Être" ou à "Vivre" ?

J’ai combien de temps pour répondre à cette question… ? J’ai continué à « vivre » au cours des premiers mois mais sans doute pas à « être ». J’ai joué un rôle pour mes filles, celui du père qui va bien pour les protéger. C’était déjà une façon d’être quand même, mais par moments. Mais le reste était en sommeil. Il y a une expression pour résumer tout cela : la mort sociale. Or, tomber amoureux bouleverse tout. En résumé, je pourrais presque dire : « J’aime donc je suis ! ». Il faut quand même un sacré culot pour décider de partager sa vie avec un homme roulé dans la boue, non ? Ce fut un moment clé, comme la décision de justice et la révélation de l’histoire à ma fille cadette. Mais bon, je crois que c’est mieux expliqué dans le livre…

"Il est un lion de l'histoire américaine" a dit de Joe Biden, l'ancien président Barack Obama en 2017. Aujourd'hui, Joe Biden entre à la Maison Blanche en tant que 46ème président des États-Unis d'Amérique !

"Pas d'États rouges, pas d'États bleus, juste les États-Unis !" prononce le candidat Biden durant sa campagne. En effet, sa tache sera rude. Il va devoir "rassembler". Ce mot, il le prononce depuis une semaine. Chaque nuit, alors que les dépouillements se poursuivaient, Joe Biden a pris la parole, à heure fixe, pour rassurer ses électeurs, pour demander le calme et de la patience. Mais surtout pour réclamer de l'union.

BARACK OBAMA ET JOE BIDEN

Le pays vient de traverser une crise démocratique forte. L'ancien président Donald Trump ne sait pas perdre. Il a une aversion immense pour les "looser" comme il qualifie lui-même les perdants. Il est impossible pour cet homme arrogant d'en faire partie et pourtant... Pour une fois, Trump perd et doit céder la place. Il laisse derrière lui une Amérique divisée, rongée par la Covid et économiquement à plat. La tendance repart doucement mais les stigmates d'un trauma sont bien là. Le mandat #Trump a permis aux langues de se délier. les suprématistes blancs ont eu le chemin libre pour donner de la voix. Les fractures épaississent. Désormais deux Amériques se font face.

Rien de nouveau. Ce pays a connu depuis toujours des désunions. La plus forte est celle de la guerre de Sécession de 1861. Abraham Lincoln souhaite alors un seul pays : les États-Unis. Les États confédérés ne l'entendent pas de cette oreille et souhaitent garder leur indépendance, leurs lois, leurs principes. Une guerre affreuse provoquera la mort de 620 000 soldats, dont 360 000 nordistes et 260 000 sudistes... Ces nombres restent indéterminés mais l'effroi subsiste. Cet affrontement a marqué le continent définitivement.

Le Général Lee signe un acte de reddition au Général Grant à Appomattox le 9 avril 1865. Les partisants de Lee acceptent difficilement cette défaite. La guerre s’arrête mais la division se poursuit au moins dans les esprits. L’Abolition de l'esclavage souhaitée par le président Lincoln est remplacé par la ségrégation. Les États du sud traineront cette habitude durant un siècle avec pour ornement les actions illicites et dévastatrices d'une milice vengeresse : le Ku Klux Klan. La condition des noirs dans ce pays forme une autre division. Il y a ceux qui se battent (blancs et noirs) pour que les droits soient égaux pour tous et il y a ceux qui choisissent de faire en sorte que cette population - qui a pourtant combattu au même titre que les autres durant la guerre civile - soient définitivement retirée de la carte US.

Donald Trump était la mauvaise surprise de ces dernières années. Il a réveillé la bête qui finalement ne s'est jamais endormie. Souvent, elle a été retardée dans son sommeil par des acteurs officiels comme le terrible John Edgar Hoover le premier patron du FBI (Federal Bureau of Investigation), du 10 mai 1924 jusqu'à sa mort, soit pendant quarante-huit ans...

Joe Biden vient s’inscrire dans cette histoire américaine tumultueuse. Il va devoir unifier, apaiser et calmer les esprits déçus. Cette moitié d'Amérique ne doit pas être oubliée car sa colère est réelle. Joe Biden devrait savoir faire, il a de l’expérience et une vie pleine de douleurs, de deuils et de renoncements. Il a du recul. Il a passé sa vie à tenter d'y parvenir. Il y est ! Nous jugerons à l'usage.

Pour le moment, Joe Biden c'est la victoire de la persévérance contre l'outrance. La moitié des américains et une immense partie du monde souffle. Le soulagement ce matin au réveil est grand. Avec pas moins de 290 Grands électeurs et 75 196 516 votants (soit 50,6 %), il est élu largement ce qui va contrarier les entreprises de démolition du boudeur Donald Trump. Il sera plus difficile de convaincre la Cour Suprême qu'il s'agit-là d'une élection volée...

Elle n'est volée que pour le Président Mexicain Andrés Manuel López Obrador qui étrangement ne reconnait pas cette victoire évidente alors qu'un mur se dresse entre lui et les États-Unis... soit. Les autres dirigeants du monde félicitent le nouveau locataire de la White House.

Les mots de Kamala Harris :

Kamala Harris a indiqué hier lors du discours de victoire de Joe Biden ces mots forts : "Je m'adresse aux enfants : quelque soit votre sexe, soyez ambitieux. Agissez car ce n'est pas parce que quelque chose ne s'est jamais faite que rien n'est possible. Les petite filles aujourd'hui savent en me regardant que tout est possible dans notre pays."

KAMALA HARRIS, VICE-PRÉSIDENTE DES ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE

Kamala Harris sera la première femme noire vice-présidente des États-Unis ! Un/Une Vice-président(e) reste dans l'ombre, une sorte de "au cas où"... mais elle, elle ne sera pas effacée, elle sera présente dans la vie politique et qui sait dans 4 ans...

Les temps évoluent et changent. Ce couple soudé impose un symbole fort. "Il est temps pour les uns d'écouter les autres" Joe Biden.

Olivier Véran doit s’exprimer ce soir. Le ministre va-t-il durcir les mesures au regard des mauvais chiffres (4000 patients en réanimation) ? En attendant le professeur et spécialiste en virologie Vincent Maréchal nous répond sur la pertinence de ce deuxième confinement.

Quel est votre avis sur les justifications fournies par le Président pour expliquer ce confinement saison 2 ? 

La décision du Président Macron s’appuie sur la dégradation brutale des indicateurs hospitaliers – niveau d’admission à l’hôpital en général et dans les services de réanimation en particulier, augmentation des décès, difficultés de reprogrammation des interventions urgentes – autant d’indicateurs qui doivent frapper les esprits pour emporter l’adhésion de la population. S’y ajoute le fait que cette vague touche toutes les régions : en filigrane, on comprend que les transferts de patients ou de personnels entre les régions ne font plus parties des solutions.

Pour autant, ces indicateurs sont relativement « tardifs » si l’on considère que les personnes admises en réanimation ont été infectés 2 à 3 semaines plus tôt. Les données épidémiologiques soulignaient pourtant une augmentation brutale du nombre d’infections (taux de positivité, incidence accrue dans toutes les classes d’âge) depuis début octobre. En conséquence, l’urgence d’une solution radicale pour endiguer une deuxième vaque était devenue évidente pour de nombreux observateurs, même si la hauteur de cette vaque a surpris le plus grand nombre.

Rappelons que le confinement, qui a fait la preuve de son efficacité en mars, est finalement la seule mesure sanitaire que l’on peut prendre lorsque l’on veut bloquer la circulation virale en s’affranchissant de la capacité de chacun à prendre ses responsabilités pour limiter l’épidémie. C’est – en ce sens – très décevant sur notre capacité à répondre solidairement et en pleine conscience à cette crise.

Avons-nous réagi trop tard ? 

Dès le 2 juin dernier, le conseil scientifique avait décliné 4 scenarios possibles dont le plus pessimiste envisageait explicitement « une dégradation critique des indicateurs [qui] traduirait une perte du contrôle de l’épidémie, et exigerait des décisions difficiles, conduisant à choisir entre un confinement national généralisé, permettant de minimiser la mortalité directe, et d’autres objectifs collectifs, économiques et sociaux, s’accompagnant alors d’une importante mortalité directe. ». Le 27 juillet 2020, ce même conseil prenait acte d’une recirculation active du virus en France associée à la réduction de la plupart des mesures barrières. Les données d’incidence par classe d’âge montrent que le virus a surtout circulé chez les 15-44 ans depuis fin juillet jusqu’à mi-septembre. Avant même que  ces données ne soient publiées, l’Observatoire épidémiologique dans les eaux usées (OBEPINE) que nous avons mis en place démontrait dès le 20 juin que le virus - indétectable dans les eaux usées depuis la fin du confinement – était à nouveau présent dans plusieurs stations d’épuration de la région Ile de France : les concentrations que nous avons mesurées n’ont cessé d’augmenter tout l’été, jusqu’à atteindre les niveaux observés en mars dernier, quand le premier confinement a été décrété. De façon intéressante, la vitesse de circulation du virus mesuré dans les eaux usées était plus lente. C’est une conséquence attendue d’un meilleur respect des mesures barrières (nous avons des masques ce qui n’était pas le cas en mars) et, sans doute, d’une meilleure protection des personnes les plus fragiles. Toutefois, l‘augmentation inexorable de la circulation virale en Ile-de-France depuis juin correspond aussi au moindre respect de certaines de ces mesures. Nous avions informé la ville de Paris et l’ARS Ile de France dès fin juin (https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/07/08/des-traces-de-covid-19-dans-les-eaux-usees-a-paris-interrogent-sur-un-possible-retour-de-l-epidemie_6045540_3244.html). A cette époque, la portée de cet indicateur était encore difficile à évaluer d’autant que les autres indicateurs étaient au beau fixe sous le soleil des congés d’été.

La mesure du couvre-feu avait-elle du sens compte tenu de la force de cette seconde vague ? 

Le couvre-feu a été proposé pour réduire les contacts sociaux en soirée, un déterminant majeur dans la circulation du virus. Assez peu d’études scientifiques en démontrent l’efficacité, mais on conçoit assez bien que la réduction des contacts sans masque – au restaurant, dans les bars ou dans les soirées privées – ait un impact positif. Par ailleurs, le couvre-feu mis en place en Guyane – dans un contexte très différent de celui de la France métropolitaine – avait donné de bons résultats. Compte-tenu de la durée d’incubation de l’infection, du délai d’apparition des formes graves, il aurait sans doute fallu attendre 3 à 4 semaines pour percevoir les premiers effets du couvre-feu décrété le 17 octobre dernier en région parisienne et dans huit métropoles. De toute évidence, l’exécutif a choisi de ne prendre aucun risque supplémentaire en durcissant les mesures sans attendre les signes positifs de cette première mesure.

Aviez-vous prévu cette force ? Toute l’Europe semble submergée…

La disparition du virus au printemps était un leurre : quand bien même aurions-nous contrôlé le virus en France à l’issue du déconfinement, voire en Europe, nous savions qu’il était hors de contrôle dans de nombreux pays de l’hémisphère sud et n’aurions pas empêché sa réintroduction. Il était d’ailleurs prévisible qu’il continuerait à circuler tout l’été à un niveau faible, pourvu que les gestes barrières soient rigoureusement respectés, ce qui n’a pas été le cas.

A mon sens, plusieurs séries de facteurs peuvent expliquer cette seconde vague et son amplitude.

Le virus se transmet principalement par voie respiratoire (gouttelettes de salive, aérosols). Plusieurs facteurs se combinent pour réduire sa circulation l’été : le virus est sensible à la chaleur et aux UV (quoique ceux-ci sont sans effet dans les espaces clos) et, plus important encore, nous vivons davantage en extérieur et ventilons les pièces ce qui réduit l’impact des aérosols. En période froide, l’auto-confinement, la fatigue des organismes peut-être, et la résistance plus élevée du virus dans l’environnement pourrait faciliter sa transmission. Ce phénomène a pu s’amplifier à la rentrée avec la reprise des activités scolaires, universitaires et professionnelles qui sont propices à l’augmentation des contacts sociaux, ne serait-ce qu’au moment des repas, et par une météo moins favorable. Par ailleurs, l’augmentation des réunions familiales, des soirées festives durant l’été, souvent sans masque, a pu aider le virus à circuler au sein d’une population de gens jeunes moins sensibles aux formes les plus graves, ce qui est confirmé par les données épidémiologiques. La perméabilité entre les classes d’âges a abouti – de façon assez brutale – à la diffusion du virus vers les plus fragiles, ce qui s’est traduit par une dégradation de la situation dans les hôpitaux. Rappelons enfin que la première vague n’aurait touché que moins de 10% de la population française en moyenne. Sous réserve que les gens infectés soient immunisés de façon durable, ce qui n’est pas établi, une large fraction de la population était susceptible d’être atteinte lors de la seconde vague.

Ce regain rapide indique-t-il que le virus a muté ? 

La question de la virulence a beaucoup pollué les débats à mon sens. Cette théorie, qu’il est légitime de discuter entre scientifiques, ne repose à l’heure actuelle sur aucune donnée validée. Tous les organismes évoluent par mutation – c’est une notion consubstantielle au monde vivant – et le SARS-CoV-2 n’échappe pas à la règle. Toutefois, la question la plus importante est de savoir si les mutations acquises par le virus ont un effet ou non sur son comportement. En règle générale, on s’attend à ce que les virus sélectionnent des mutations qui leur sont bénéfiques, des mutations qui vont faciliter leur transmission par exemple. Être moins virulent (rendre son hôte moins malade) peut profiter au virus : un hôte contagieux, non malade, c’est un hôte qui se déplace et qui peut transmettre plus facilement le virus. De tels phénomènes ont été observés pour d’autres agents pathogènes, ce qui ne veut pas dire que c’est le cas pour le SARS-CoV-2. La question de la baisse de la virulence s’inscrit dans une interprétation excessive de travaux publiés au printemps et durant l’été. Les premiers articles montraient que certaines mutations dans la protéine Spike (protéine de surface essentielle à l’infection des cellules) étaient devenues très fréquentes, sans démontrer toutefois qu’elles modifiaient la virulence du virus. D’autres publications ont montré que d’autres mutations, beaucoup moins fréquentes, réduisaient probablement la virulence. L’ensemble de ses données a été mis en perspective avec une analyse un peu trop rapide des données épidémiologiques de la fin de l’été, qui soulignaient que le nombre de cas positifs (RT-PCR) augmentait sans qu’il y ait dans le même temps une augmentation des formes graves. De là à conclure que le virus était moins virulent, il n’y avait qu’un pas. Cette discordance pouvait s’expliquer simplement : en cette fin d’été, le virus circulait principalement chez des sujets plutôt jeunes qui n’étaient pas à risque de faire des formes graves. La circulation du virus chez les plus fragiles, ce que nous observons depuis, se traduit comme en mars par une augmentation des formes graves : les données de fin octobre montrent que 62% des patients admis en réanimation avaient plus de 65 ans, ils étaient 65% en mars dans cette même classe d’âge. Près de 89% d’entre eux présentent des facteurs de comorbidité, comme durant la première vague. Aucune raison, a priori, de supposer que la virulence est différente aujourd’hui.

Les hôpitaux auraient-ils réellement pu anticiper et développer leur capacité ? 

Je n’ai pas de compétence particulière pour évaluer la capacité d’anticipation du secteur hospitalier à la seconde vague. Il a bien résisté à la première mais au prix d’efforts humains qui seront difficiles à concéder une seconde fois. Nous connaissons tous, en revanche, certains paramètres de l’équation : il faudra gérer les formes graves tout en reprogrammant certaines interventions ; ceci dit, certaines opérations ne pourront plus être retardées indéfiniment. Par ailleurs, si de nouveaux moyens matériels peuvent être accordés, c’est la disponibilité des personnels formés qui va vite devenir limitante. Enfin, la seconde vague frappe la totalité du territoire, ce qui va limiter les transferts de patients et/ou de personnels. Je ne sais pas si une meilleure concertation des secteurs publics et privés permettra d’apporter des solutions, mais il faut l’espérer. Enfin, il faudra veiller à limiter au maximum les dégâts collatéraux : pendant la première vague, certains patients non-Covid n’ont pas voulu se signaler, par peur de la contamination nosocomiale ou par peur de « gêner » un système en tension. Dans le cas de problèmes vasculaires (A.V.C notamment), ce retard a pu avoir des conséquences désastreuses qui ont été découvertes au moment du déconfinement. Il faut rappeler à tous que le système de soin, même en tension, continuera à prendre en charge les pathologies graves.

Qu'avons-nous raté au déconfinement du 11 mai et comment ne pas réitérer ces manquements le 30 novembre (si pas de renouvellement du confinement) ? 

Je ne sais pas si nous avons raté le déconfinement. Je préfère dire que nous avons réussi le confinement de façon spectaculaire mais que nous n’avons pas su tenir la distance. Depuis le déconfinement, les rapports de Santé Publique France n’ont cessé de confirmer un recul de la plupart des mesures barrières à l’exception notable du port du masque en public (se saluer sans serrer la main ou s’embrasser ; se laver les mains régulièrement ; garder une distance d’un mètre au moins ; éviter les rassemblements et réunions en face-à-face). Sans stigmatiser tel ou tel groupe social ou classe d’âge, force est de constater que la circulation virale a repris de façon marquée durant l’été, une situation qui fait écho aux réunions de famille ou aux fêtes qui ont eu lieu pendant les congés sans un respect strict des gestes barrières. Aurait-il fallu, comme certains ont pu le suggérer, limiter le confinement aux plus âgés et aux plus fragiles ? Fallait-il intervenir plus tôt et compter un peu moins sur la responsabilité individuelle ? C’est davantage un choix de société qu’une décision sanitaire, mais il est clair que même si des indicateurs nous invitaient à une réaction rapide et forte dès la fin de l’été, une décision politique n’aurait sans doute pas été comprise avec des hôpitaux qui n’étaient plus en tension. Le poids économique et social des mesures qui auraient été envisageables était alors sans rapport avec ce que nous observions. Le succès d’une gestion de crise se lit dans la capacité qu’ont les systèmes à anticiper. Sur ce point précis, nous avons sans doute failli deux fois et de façon collective.

Êtes-vous optimiste ? 

L’arrivée d’une seconde vague ne m’a pas inquiété, elle était prévisible. En revanche, son ampleur me préoccupe à plusieurs titres. Je m’inquiète pour la capacité de notre système de santé à la supporter : serons-nous en mesure de mieux articuler la réponse hospitalière et celle des autres acteurs de notre système de soin (généralistes, pharmaciens, infirmiers.ères). Allons-nous mieux gérer les systèmes de tests, les prioriser à bon escient ? Avons-nous pris individuellement et collectivement conscience de l’importance de l’isolement des porteurs, une mesure qui rend caduque tout système de test si elle n’est pas prioritaire ? Comment va-t-on réduire la fracture que la crise COVID n’a cessé de renforcer entre les plus fragiles – socialement et économiquement – et les autres ? Enfin, nous sommes exposés – outre la crise liée à la COVID-19 – une vague incessante de mauvaises nouvelles qui affaiblissent notre capacité de résilience et nous expose à un risque psychologique majeur. Ces éléments compliquent sans aucun doute notre capacité à traverser sereinement cette période difficile.

Le monde de la culture est sur les nerfs. La semaine dernière, nous avons vécu un moment inédit : la fermeture des librairies pose question en cette période de reconfinement. Après cris et remous de la part des professionnels du secteur mais aussi de tout le secteur culturel (Théâtre, Cinéma...), hier soir au 20H de TF1, le Premier ministre Jean Castex a confirmé la position du gouvernement. Les grandes surfaces devront fermer leurs rayons "non essentiels". Par souci d'équité... et puisque les librairies sont fermées, il ne souhaite pas revenir sur cette mesure.

Les théâtres connaissent eux aussi une crise sans précédent. Nous avons posé quelques questions à Jean-Michel Ribes. Le directeur du Théâtre du Rond-Point nous répond en une phrase... car inutile pour lui de participer au bavardage ambiant. Mieux vaut être direct... :

En août dernier, la nouvelle ministre de la Culture Roselyne Bachelot, vous a reçu. Avez-vous été entendu ?

Reconnu au moins.

"La culture est une grande cause" en effet. Ce deuxième confinement aura quels effets sur cet univers ?

L’amoindrir encore.

Comment les acteurs vivent tout cela ?

J’espère qu’ils se jouent la comédie.

Comment le théâtre du Rond-Point prépare dors et déjà le mois de décembre ?

Habitués à ce que seul l’inattendu arrive, nous travaillons dans ce sens.

En dehors de ces temps bousculés, les politiques culturelles ont-elles toujours été à la hauteur de l'enjeu ?

Il me semble urgent de tout mettre à plat, même si beaucoup d’entre nous le sommes déjà... Comme il est tout aussi urgent de mettre en place un "Valois" de la culture.

Que pensez-vous du Pass Culture imaginé par Emmanuel Macron ?

Rien.

Ce président, amoureux des livres et de philosophie, met-il assez la culture en avant ?

Qui aime bien châtie bien…

Quel est le but de la culture ?

Le but de la culture n’est pas d’être comprise mais d’émerveiller.

Notre socle commun qu'est l'école de la république vient d'être attaqué. Puis ensuite la basilique Notre Dame à Nice. La culture et la pédagogie sont-elles des armes suffisantes pour lutter contre l'obscurantisme ?

Chaque manifestation culturelle est un acte de résistance contre la barbarie.

Longtemps notre vision philosophique, sociologique et culturelle a été enviée dans le monde. Des intellectuels voyageaient pour faire entendre la voix française dans les universités américaines par exemple. Est-ce encore le cas ?

Qui entendons nous ? Trump, Erdogan, Bolsonaro et consort… ceux qui parlent fort… Il est temps de gueuler nos idées !

Pascal Blanchard est historien et co-auteur avec David Korn-Brzoza du documentaire "Décolonisations, du sang et des larmes" diffusé sur France 2 le 6 octobre 2020. Connaitre notre Histoire commune pour se rapprocher les uns des autres est une obligation et une urgence. Fait inédit : le replay sera accessible jusqu’au 30 novembre.

Face à Face réalisé par Yasmina Jaafar

Laurent Ruquier est de retour avec #OEED chaque samedi à 23h30 sur France 2. Philippe Thuillier, son producteur, nous parle de la création de ce nouveau format ambitieux qui prend le temps de la conversation dans une époque où le clash, l’invective et la rapidité sont légion. Entretien réalisé par Yasmina Jaafar

LAURENT RUQUIER - #OEED - TOUS LES SAMEDIS DÈS 23H30 - FRANCE 2
PHILIPPE THUILLIER (ADLTV) - LAURENT RUQUIER

Raphaël Enthoven, professeur de philosophie, essayiste et écrivain nous raconte son histoire dans ce livre touchant "Le temps gagné" (ed.observatoire). C'est l'histoire d'une défense et non d'une vengeance.

Il analyse aussi notre époque, le manque de nuance dans le débat public et intellectuel et la notion philosophique de Liberté.

Entretien réalisé par Yasmina Jaafar - La Ruche Média

RAPHAËL ENTHOVEN, PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE, ESSAYISTE, ÉCRIVAIN
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Yasmina Jaafar
Journaliste, productrice et fondatrice du site laruchemedia.com, j'ai une tendresse particulière pour l'esprit critique. Il demande du temps et des instants.
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