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BENOIT PHILIPPON : DE LA REALISATION CINEMA AU ROMAN NOIR

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Oct 17, 2016
BENOIT PHILIPPON : DE LA REALISATION CINEMA AU ROMAN NOIR

Benoît Philippon est réalisateur, scénariste et maintenant romancier. Il publie « Cabossé » aux éditions Gallimard/série noire. Deux destins se croisent pour le meilleur… et pour le pire. Nous avons voulu savoir quels sont les liens qui existent entre une écriture cinéma et celle d’un roman.

Rencontre :

Vous êtes réalisateur. Comment vous est venue l’envie du roman ?

L’envie était de maîtriser une forme narrative de A à Z sans passer par le circuit lourd de validation du cinéma (financement, équipes etc…). J’étais à un point où j’avais besoins de raconter une histoire sans censure, pour y exprimer tous les thèmes qui me tenaient à coeur, d’une façon noire, rugueuse, puis lumineuse, sans vouloir justifier mes choix. La littérature est finalement l’espace créatif ultime. On est seul avec son stylo (ou personnellement son ordinateur), et la matière couchée sur le papier est l’œuvre finale. Point. Après des années dans le cinéma, j’avais besoin de cette « simplicité » et donc de  cette essentialité.

Que ressentez vous pour cette première ?

JEAN D’ORMESSON ENTRE DANS LA PLEIADE, LE MARCHE PLUS FORT QUE LA LITTERATURE

Avr 29, 2015
JEAN D'ORMESSON ENTRE DANS LA PLEIADE, LE MARCHE PLUS FORT QUE LA LITTERATURE

Jean DO rejoint le cercle fermé de la Pléiade. Un choix d’Antoine Gallimard qui surprend. Les ventes sont-elles le nouveau critère d’une installation au sommet littéraire ?

Réponse :

Jean d’Ormesson vient de sortir de l’hôpital du Val-de-Grâce où il a été admis le 14 avril après un malaise sur le plateau de « C à vous ». Il va mieux et c’est tant mieux. Il va pouvoir déguster cet honneur fait de son vivant puisque l’auteur de 89 ans trône désormais parmi les grands noms de la prestigieuse bibliothèque, la Pléiade.

Le volume contient « Au revoir et merci », « La Gloire de l’Empire », « Au plaisir de Dieu », « Histoire du Juif errant ».

Jean Bruno Wladimir François de Paule Lefèvre d’Ormesson né le 16 juin 1925 dans le 7 arrondissement de Paris est aussi nommé Jean Do. Une familiarité voire une proximité avec les français qui prouve un succès sans faille. Une popularité à toute épreuve. Les femmes l’adorent et rêvent qu’il vienne prendre le thé avec elles. Les hommes le scrutent, sourire aux lèvres tout aussi charmés et ravis. Ce petit bonhomme continuellement bronzé enchante ! Ses yeux bleus attendrissent et son phrasé particulier captive. Certes…

DAVID FOENKINOS RACONTE CHARLOTTE SALOMON.

Oct 09, 2014
DAVID FOENKINOS RACONTE CHARLOTTE SALOMON.

David Foenkinos est de retour avec « Charlotte » (Gallimard). Un ton différent. Comme un cri, l’auteur de la « Délicatesse » nous raconte la vie de cette peintre morte trop tôt, assassinée enceinte à 26 ans pendant la Guerre. Avec « Charlotte », elle vit une deuxième fois.

Pourquoi Elle, David nous répond :

Qui est Charlotte ?

Charlotte, c’est Charlotte Salomon. Une peintre allemande dont la vie fut brève, puisqu’elle est morte à l’âge de 26 ans dans un camp de concentration. Avant d’être dénoncée puis déportée, elle a pu mettre son œuvre à l’abri, en la confiant à une médecin dans le sud de France en lui disant : «  c’est toute ma vie ». Son œuvre est composée de centaines de gouaches qui racontent son histoire. Vie ? ou Théâtre ?, tel est son titre, est une œuvre fascinante et lumineuse.

Vous nous parlez d’elle, mais aussi de vous. Pourquoi cette vie a causé une telle déflagration en vous ?

Ce roman possède trois dimensions. Tout d’abord et avant tout : la vie de Charlotte. J’ai mis de nombreuses années à la recomposer, car il y avait peu de documents. Je voulais aussi parler de son œuvre bien sûr, son inventivité, sa modernité. Et il était important pour moi d’évoquer ma fascination pour elle, pourquoi elle me touche autant, ce qui me bouleverse. Je raconte aussi ma quête, tous les moments où je suis allé sur les traces de sa vie. Je voulais incarner mon amour pour elle, et ne pas écrire une simple biographie. Quand j’ai découvert son œuvre, ce fut un coup de foudre. Artistique bien sûr, mais quelque chose me touchait davantage encore. C’est ce trouble que je raconte aussi dans le livre.

david foenkinos charlotte

Ses œuvres ont été les archives de votre livre. Y a-t-il une  grande part de fiction ?

La fiction est forcément très présente dans le livre, car il y avait peu de documents. Mais en regardant sans cesse les dessins de Charlotte, on peut peut-être se rapprocher de ses émotions. Tous les faits relatés de sa vie sont réels, et la fiction se propage surtout à travers ses sentiments.

La forme est particulière. Une volonté de phrases courtes qui donne un ton haletant. Est-ce pour appuyer sur sa vie « trop » courte ?

Si le livre est avant tout le portrait de cette femme que j’admire, il est aussi le récit de mon enquête, du laboratoire de l’écriture de ce livre. J’explique que la forme choisie a été pour moi la seule possible. Elle permet des respirations dans une vie parfois insoutenable. Elle appuie surtout le sentiment d’urgence.

charlotte DF

Vous écrivez : « Une œuvre doit révéler son auteur ». Est-ce votre cas avec ce livre, plus qu’avec les autres ? Celui-ci est-il plus personnel ? 

Oui c’est mon livre le plus personnel. Le premier où je parle de moi à la première personne. Je ne pouvais pas écrire une biographie classique, ce livre parle aussi de mon rapport à Charlotte, ce que j’éprouve face à ses œuvres. Et forcément nos goûts, dans leur intensité, nous révèlent.

Vous dites aussi : « Le succès anesthésie tout ». En avez-vous fait l’expérience ? 

Pas de l’anesthésie, mais le succès peut enfermer dans une certaine routine. Une mécanique de la création. C’était le moment pour moi d’écrire enfin Charlotte, que j’ai commencé tant de fois. Je voulais aller ailleurs, être libre dans la forme et le fond. C’était le contraire absolu de l’anesthésie.

hannah arendt

Vous évoquez Hannah Arendt, comme un hommage furtif. Que signifie pour vous cette autre grande figure de cette période sombre ?  

Je l’associe beaucoup au courage. A la liberté totale de penser. Je voulais la citer, tout d’abord parce qu’elle et Charlotte ont été internées toutes les deux dans le même camp au même moment, mais parce qu’elles sont des exemples de force. D’une forme de puissance nécessaire à la survie.

Yasmina Jaafar

Photo : Gallimard

MICHEL GONDRY S’EMPARE DE BORIS VIAN. L’ECRIVAIN ET JOURNALISTE CLAIRE JULLIARD, AUTEUR D’UNE BIO SUR VIAN A AIME LE FILM !

Posted by yasmina in CINEMA, FEATURED No Comments »
Avr 23, 2013
MICHEL GONDRY S'EMPARE DE BORIS VIAN. L'ECRIVAIN ET JOURNALISTE CLAIRE JULLIARD, AUTEUR D'UNE BIO SUR VIAN A AIME LE FILM !

INTERVIEW. Boris Vian adapté au cinéma par Michel Gondry ! Cette affirmation annonce une promesse enivrante. Le réalisateur aime les expériences immersives et possède un univers hypnotisant. L’artiste semblait tout désigné pour s’attaquer à cette figure de la littérature qu’est Boris Vian et son chef d’œuvre « L’Ecume des jours » publié en 1947 par Gallimard. La Ruche Média a croisé la route de Claire Julliard, écrivain et journaliste littéraire au Nouvel Observateur et spécialiste de Boris Vian. L’auteure a publié une biographie intitulée tout simplement « Boris Vian » chez Gallimard en 2007. Désormais étudié dans les écoles, cet ouvrage finement fouillé et essentiel est devenu une référence.

La version Gondry de « L’écume des jours » en salle demain, est très attendue.

Du stylo à la caméra, il y a peut être moins qu’un pas…

photo claire j

D’où vient votre intérêt pour Boris Vian ?

A l’adolescence, comme beaucoup, j’ai eu un coup de foudre pour « L’Ecume des jours« .  Tout m’a fasciné, l’humour, l’inventivité, la mention « Memphis-Davenport » à la fin du livre. Et bien sûr l’histoire d’amour entre Colin et Chloé. Au collège, j’ai connu une grande période d’effervescence vianesque où j’écrivais à l’encre Bleue-des-mers-du-sud comme lui, où je parsemais mes cahiers de ses citations comme : « Je passe le plus clair de mon temps à l’obscurcir« . Boris Vian a aidé un grand nombre de jeunes à passer la délicate période dite de « l’âge ingrat ». Cet écrivain parle au cœur des adolescents. Ils se reconnaissent dans son esprit d’escalier, sa fantaisie onirique, son « potachisme », et surtout ils se laissent emporter cette grande vague d’émotions qui déferle dans « L’Ecume« , ouvrage d’un romantisme échevelé… J’ai eu un peu peur de le relire à l’âge adulte, avec moins de naïveté lorsque j’ai décidé d’entreprendre sa biographie. Mais j’y ai retrouvé ce que j’avais aimé. Rien à faire, ce livre est magique.

« L’Ecume des jours » avait déjà fait l’objet d’une tentative d’adaptation contestable. Que pensez-vous du film de Gondry ?

J’ai toujours pensé que « L’Ecume«  était un livre impossible à adapter. Je suis donc allée le voir avec des réticences, en dépit de l’admiration que j’éprouve pour Michel Gondry. D’emblée, la folle créativité du film m’a séduite, son coté Méliès, sa drôlerie. On pourrait craindre que ces cascades d’effets ne finissent par gommer le principal, c’est-à-dire l’émotion. Mais non. Le film bascule de manière remarquable du merveilleux au tragique. Et de la couleur au noir et blanc. Gondry réussit la prouesse d’être très fidèle à l’esprit du roman tout en y mettant beaucoup de lui-même. Le télescopage de ces deux univers est une réussite. On en ressort bouleversé. Cependant, je pense qu’il va susciter des réactions contrastées. Les gens qui ne sont pas familiarisés avec l’univers de Vian risquent d’être quelque peu surpris, surtout dans le premier quart d’heure.

« L’Ecume des jours » avait eu du mal à trouver son public à sa sortie en 1947. Il ne s’est imposé qu’après la mort de l’auteur ?

Oui, sa publication chez Gallimard est restée très confidentielle. Le livre avait néanmoins été soutenu par des personnalités comme Sartre ou Queneau qui y voyait « le plus poignant des romans d’amours  contemporains ». Le scandale provoqué par la parution de « J’irai cracher sur vos tombes » sous le pseudonyme de Vernon Sullivan a éclipsé ce qu’il considérait comme sa véritable œuvre. En son temps, Vian était plus connu comme fantaisiste, comme le trompettiste animateur du Tabou que comme un véritable écrivain. C’est mai 68 qui l’a porté au pinacle, neuf ans après sa mort. « L’Ecume des jours » est devenue une œuvre phare d’une jeunesse révoltée. Depuis, son succès n’a jamais cessé. On rencontre toujours dans les collèges et les lycées, des fans absolus de Boris Vian.  Pour eux, l’histoire de Colin et de Chloé reste un rite de passage de l’enfance à l’adolescence. Pour certains même, c’est une voie d’accès à la littérature.

livre vian

 Yasmina Jaafar