Le chanteur Kourou Fia - « Ma kora ne bégaye pas » : quand le bégaiement devient une force
Par
Yasmina Jaafar
3 septembre 2026
Issu d’une grande lignée de griots et initié dès l’enfance à la kora par son père, M’Bady Kouyaté, Kourou Fia fait de cet instrument bien plus qu’un héritage musical : une véritable voix. Avec Ma Kora ne bégaye pas, son nouvel album, l’artiste raconte son parcours, son rapport au bégaiement et la manière dont la musique lui a permis de transformer cette fragilité en force. Entre transmission de la tradition mandingue, regard sur la différence et message d’espoir, il nous invite à écouter ce que les mots ne parviennent parfois pas à dire. La Journée mondiale du bégaiement est le 22 octobre.
Le titre de votre album, Ma Kora ne bégaye pas, est à la fois fort et émouvant. Pourquoi avoir choisi d’évoquer aussi directement votre histoire personnelle et votre rapport au bégaiement ?
Merci, Yasmina pour votre question. Ce titre, c’est toute mon histoire. Enfant, j’ai souvent cherché mes mots, mais je n’ai jamais cherché mes notes. Lorsque mes doigts se posent sur les cordes de la kora, elle devient ma voix. Elle exprime avec douceur ce que les mots peinent parfois à dire. Ma Kora ne bégaye pas est un message d’espoir : nos fragilités ne sont pas une fin, elles peuvent devenir notre plus grande force.
Kourou Fia, vous êtes issu d’une grande lignée de griots et avez été initié très jeune à la kora par votre père, M’Bady Kouyaté. Quel héritage vous a-t-il transmis, au-delà de la technique musicale ?
Mon père ne m’a pas seulement appris à jouer de la kora ; il m’a appris à écouter, à respecter et à transmettre. Il disait souvent qu’un griot ne joue pas seulement de la musique, il porte la mémoire de son peuple. Grâce à lui, j’ai compris que chaque mélodie est une histoire, chaque note un héritage, et que l’humilité est la plus belle des richesses.
Kourou Fia, dans de nombreuses cultures africaines, les griots sont les gardiens de la mémoire. Comment faites-vous vivre cette tradition auprès d’un public contemporain ?
Je crois que les racines sont faites pour nourrir l’avenir. Je reste fidèle à la tradition mandingue tout en laissant ma musique dialoguer avec le monde d’aujourd’hui. Mon souhait est que chaque jeune qui écoute ma kora découvre la beauté de notre héritage et comprenne que nos traditions ont encore beaucoup à dire au présent.
Kourou Fia, quel regard portez-vous sur la différence et sur la manière dont nos sociétés accueillent celles et ceux qui ne correspondent pas aux normes ?
Nous sommes tous différents, et c’est cette différence qui rend l’humanité si belle. Mon bégaiement m’a appris à ne jamais juger une personne sur ce qu’elle montre en premier. Derrière chaque silence, chaque difficulté ou chaque différence, il y a une histoire, un courage et une lumière. J’aimerais que nous apprenions à regarder les cœurs avant les apparences.
Kourou Fia, que souhaitez-vous que les auditeurs retiennent après avoir écouté Ma Kora ne bégaye pas ?
J’aimerais qu’ils repartent avec de l’espérance. Peu importe les épreuves, chacun possède une voix qui mérite d’être entendue. La mienne passe par les cordes de la kora. Si cet album aide une personne à croire de nouveau en elle, à transformer ses blessures en force et à avancer avec confiance, alors ma mission d’artiste et de griot aura pris tout son sens.
En concert au studio de L’Ermitage le 9 Octobre et le 17/10 à la cité de la musique - Marseille
Productrice, journaliste, fondatrice du site laruchemedia.com et de la société de production LA RUCHE MEDIA Prod, j'ai une tendresse particulière pour la liberté et l'esprit critique.
Et puisque la liberté n’est possible que s’il y a accès à l’instruction, il faut du temps, des instants et de la nuance pour accéder à ce savoir.