Ismaël Saidi - Jérusalem & Les Tribulations d’un musulman d’ici : « Juifs, Musulmans, Chrétiens, notre humanité est le dénominateur commun »

Par
Yasmina Jaafar
7 octobre 2026

De Djihad à Jérusalem en passant par Les Tribulations d’un musulman d’ici, Ismaël Saidi interroge la religion, l’identité, la laïcité et le vivre-ensemble. Dans Proche ou rien, il retrace également l’histoire des musulmans et leur présence en France. Né en Belgique de parents marocains, le comédien, auteur et metteur en scène défend une conception universaliste de la citoyenneté. Pour lui, au-delà de nos appartenances, notre humanité reste ce qui nous rassemble. Actuellement au Théâtre de Mathurins

Il n’y a pas vraiment eu de déclic. Enfin si : j’étais en train de préparer un projet de film quand je suis tombé sur une photo d’un mec qui était avec moi en classe quand j’avais 14-15 ans. J’en avais 38, on était en 2014. Il était en Syrie, avec un drapeau derrière lui et une kalachnikov. Ça m’a bouleversé. J’ai rapidement écrit une pièce de théâtre, parce que je pensais, et je le pense toujours, que le théâtre est plus facile à monter qu’un film pour le cinéma. J’ai créé Djihad en 2014, sans aucun autre but que de faire un spectacle un peu comique et un peu tragique.

Oui, la pièce a eu un succès phénoménal. Elle a été créée avec pas grand-chose, au fin fond de Bruxelles, et elle a aujourd’hui été vue par plus de 3 millions de personnes, traduite à travers le monde. C’est devenu un phénomène qui m’a dépassé, moi le premier. Et c’est cette pièce qui m’a projeté vers des thématiques qui n’étaient pas du tout les miennes au départ : j’étais scénariste, je faisais des films, des comédies, sans aucun rapport avec ces questions-là. Je me suis rendu compte que j’y arrivais, que ça parlait au public, que ça parlait aux jeunes. Donc je suis resté là-dessus depuis.

Tout nous rassemble : notre humanité. Moi, c’est un truc que j’ai appris avec les mathématiques à l’époque. Quand on a deux fractions différentes qu’on veut additionner, c’est impossible, on doit les ramener vers un dénominateur commun. Mon travail, c’est d’essayer de trouver chaque fois ce dénominateur commun, et c’est souvent notre humanité.

Dans nos manières de vivre, de manger, de faire des choses, il y a toujours moyen de trouver ce qui nous rassemble. Et je donne toujours l’exemple de la culture. Moi, je suis d’origine marocaine, je suis né en Belgique, j’ai une culture française. Il est donc clair que je suis un million de fois plus proche d’un Français athée que d’un Indonésien musulman, bien que je sois musulman. Je n’ai rien à dire à cet Indonésien. Ce qui nous rassemble, c’est la culture, la langue, toutes ces choses-là.

Moi, je pense qu’on peut rire de tout, et qu’il y a des moments pour ça. D’abord, la loi permet de rire de tout. Mais je pense que l’éducation, la manière d’écrire, la culture font qu’on peut trouver un chemin pour rire ensemble des choses. Bien sûr qu’on peut rire des religions, mais si je passe ma journée à rire de la même religion du matin au soir, peut-être que ça ne passera pas face à la personne que j’ai en face de moi. L’intolérance, ça se voit.

On a tendance à sous-estimer l’intelligence du public, et même des jeunes. On voit quand quelqu’un rit de manière bienveillante d’une religion ou de votre culture, et qu’il le fait pour d’autres aussi. Et on voit celui qui le fait pour faire mal. Le public est assez intelligent pour le voir. Malheureusement, il y a toujours des gens, ou des partis, qui essaient d’exploiter la colère, l’ignorance parfois, pour dire : « Regardez, on se fout de votre religion, mais moi, je suis là pour vous aider. »

Je pense vraiment qu’on peut rire de tout, tant qu’on arrive à trouver l’axe qui fait que la personne en face ne sera pas blessée par la répétition des blagues sur ce en quoi elle croit.

Pour moi, elle est facile. C’est plus simple de l’expliquer en montrant ce qu’est un pays qui n’est pas laïque. Le Maroc, le pays de mes parents, n’est pas laïque : l’islam est la religion de l’État. Si un jour, en plein ramadan, j’ai envie de manger un sandwich dans la rue parce que j’ai faim et que je n’ai pas envie de jeûner, le Code pénal, appliqué d’après l’islam, peut m’envoyer en prison.

Et donc la laïcité, c’est qu’à un moment donné, pour d’innombrables raisons historiques, on a décidé que l’État n’avait plus de religion. Aucune religion n’est majoritaire, n’est supérieure aux autres, il n’y a pas de minorité religieuse, il n’y a pas de sous-citoyens. Nous sommes rassemblés autour d’un seul concept, qui est la citoyenneté. C’est ce qui est supérieur dans un État laïque. Après, chacun a le droit de croire en ce qu’il veut tant qu’il n’interfère pas dans les libertés de son voisin ou de sa voisine, et tant qu’il accepte que sa religion, quelle qu’elle soit, n’a aucun droit de cité.

La laïcité, c’est une protection pour tout un chacun de pouvoir croire en ce qu’il veut. Si l’État était chrétien, par exemple, il y aurait des minorités religieuses dépendantes du fait du prince. Et si l’État était musulman, on voit ce qui se passe dans les pays majoritairement musulmans : il y a des sous-citoyens.

La laïcité permet de donner une égalité universelle à tous les citoyens, et chacun et chacune peut croire en ce qu’il veut tant qu’il n’interfère pas dans la liberté des autres.

L’universalisme, c’est se dire qu’on a en France une culture forte, des idéaux, et cette idée très forte que nous sommes tous égaux à partir du moment où nous faisons société ensemble. Et je pense qu’on peut encore le faire. Si on regarde la télé, les réseaux sociaux, les médias de manière globale — et quand je dis médias, ce n’est pas seulement la presse, c’est tout ce qui est médium, le fait de voir une image ou de lire un texte —, on est vite complètement angoissé, parce qu’on ne voit que ce qui ne marche pas, ce qui est un peu logique.

Mais de manière globale, la France fonctionne. Il y a des millions de gens qui passent leur journée à essayer de recoudre le tissu social. Je pense vraiment que c’est ça qui va nous permettre d’avancer : on fait encore nation, on arrive encore à le faire. Bien sûr, il y a des couacs, des émeutes parfois. Mais cette notion très forte de citoyenneté, d’un peuple qui se réunit autour de la laïcité et de l’universalisme, c’est ça qui dépasse les appartenances.

Et comme je le disais tout à l’heure, c’est ce qui fait qu’un fils de Marocain, moi en l’occurrence, est 10 000 fois plus proche aujourd’hui d’un Français athée que d’un Indonésien musulman, malgré le fait que je sois musulman.

Texte et mise en scène : Ismaël Saidi

Avec : Ismaël Saidi

Régie : Sébastien Roman, Mathieu Gallon, Alexandre Barthelemy

Théâtre des Mathurins, Paris

Du 19 septembre au 26 décembre 2026 · les samedis à 19h · durée 1h15
Fauteuils 30 € · strapontins 25 € · tarif groupe dès 10 personnes · dès 12 ans

Texte et mise en scène : Ismaël Saidi

Avec : Inès Weill-Rochant, Fiona Levy et Ismaël Saidi

Lumière : Sébastien Roman

Son : Alexandre Barthelemy

Théâtre des Mathurins, Paris

À partir du 20 septembre 2026 · les dimanches à 15h · durée 1h10
Tarif plein 30 € · strapontins 25 € · tarif groupe dès 10 personnes

Du même auteur...

Mais aussi...

LA RUCHE MEDIA
40 rue des Blancs Manteaux
75004 Paris
Contact
Yasmina Jaafar
Productrice, journaliste, fondatrice du site laruchemedia.com et de la société de production LA RUCHE MEDIA Prod, j'ai une tendresse particulière pour la liberté et l'esprit critique. 

Et puisque la liberté n’est possible que s’il y a accès à l’instruction, il faut du temps, des instants et de la nuance pour accéder à ce savoir.
magnifiercrossmenu linkedin facebook pinterest youtube rss twitter instagram facebook-blank rss-blank linkedin-blank pinterest youtube twitter instagram
Tweetez
Partagez
Partagez