CAUET DEPASSE LE MILLIARD SUR YOU TUBE : LE NOUVEL HOMME FORT DU WEB.

Cauet n’est pas seulement un homme d’antenne. La Ruche Média a voulu rencontrer le patron de Be Aware. Avec une vision de chef d’entreprise et de multiples projets à venir, Cauet est aussi le premier animateur à atteindre le milliard de vues sur internet. Un boss 2.0 !

Rencontre :

 1 milliard de vues sur You Tube ! Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

C’est toujours bien d’être le premier à faire quelque chose. J’aime les défis compliqués. On devait réaliser une vidéo avec des effets spéciaux pour annoncer le milliard mi-mars mais on a été pris de court. La courbe de croissance s’est emballée, donc on va s’adapter. On est en train de la monter. Maintenant on est à 1 milliard et … 15 millions de vues.

You Tube, nouvel eldorado ?

On a bravé les certitudes ! Le gens pensent que si on n’est pas un ado coincé dans sa chambre avec une vidéo plan fixe, on n’est pas concerné. Et bien, j’ai 43 ans et on a réussi à dupliquer le média classique qu’est la radio en vidéo internet : faire coïncider la radio et le net, en somme. Certains nous découvrent sur You Tube et ensuite se dirigent vers la radio, vis et versa. Puis, c’est un pari ! Au début, tout le monde me disait « mais tu es dingue ! Quelle idée de filmer de la radio et sur You Tube en plus« . Et 1 milliard plus tard, on me dit que j’ai eu raison.

Pensez-vous que le net concurrence dangereusement la télévision ou est-ce une complémentarité ?

Ça va créer un vrai problème. L’âge moyen du téléspectateur a pris globalement 2 ou 3 ans. Ça veut dire que les jeunes ne regardent plus la télé et que le public vieillit. Les chaînes de télévision vont devoir faire des programmes pour les plus âgés. C’est un cercle vicieux voire un piège puisque le public définit par essence le programme. Les jeunes disparaissent, donc… alors qu’il faudrait les attirer.

Ce que vous dites fait écho à la nouvelle politique « de rajeunissement de l’antenne » menée par Dana Astier, la responsable de France 3 ?

Je ne connais pas Dana Astier mais je ne pense pas qu’elle souhaite rajeunir mais plutôt élargir le public en évitant de ce concentrer sur une seule cible. Il serait intéressant qu’un public de 20/30 ans regarde France 3 mais pour cela il faut oser ! Oser mettre sous serre des petites marques quasi insignifiantes sur la grille mais qui vont grandir avec le temps . Ces programmes dit « jeunes » peuvent devenir, d’ici 3 ou 4 ans, un succès sur une chaîne plus vieille.

Et pensez-vous que les initiatives courageuses se fassent rares ?

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Oui ! J’entends depuis des années des diffuseurs qui ont des programmes vieillissants dire « On va faire » et rien ne se fait. Ils ont peur de passer ce cap et tombent dans la facilité en disant « Ils vont rajeunir !« . Voir le sujet autrement serait préférable : il s’agit surtout de ne plus exclure un public de moins de 40 ans. Il ne faut pas oublier que la publicité donne le « La » et si vous avez un public de plus de 50 ans, les budgets inhérents aux petites voitures de jeunes couples ou encore les couches enfants vont disparaitre. Si on continue comme ça, tous nos écrans pub seront remplis de monte-escaliers et de « Steradent« . Il ne faudrait pas que le signal envoyé aux marques soit « la TV/Radio : c’est pour les vieux » donc les budgets « jeunes » seront investi sur le net. Ça serait dramatique pour l’économie télé !

Donc, il va falloir produire différemment…

En effet ! De la conception à la diffusion, il va falloir revoir notre système de réflexion. Par exemple, créer un programme télé en lui ajoutant une autre lecture sur un second écran en direction des plus jeunes. Ce public là ne va peut-être pas le découvrir à la télé mais s’il accroche, il peut se diriger vers la télévision. Ça signifie donc qu’il faut reprendre tout le processus de création en insérant une écriture 2.0 adéquat. Aujourd’hui la télé tente de trouver une deuxième vie sur le net à une émission qui marche bien, c’est une erreur !

Il n’y a pas de modèle économique sur le net. De quelle manière votre société Be Aware souhaite investir le net ?

Il n’y a pas de modèle économique, c’est vrai. Difficile d’avoir de l’argent pour fabriquer et gagner notre vie mais nous devons trouver le moyen de faire de la puissance. Une fois cela acquis, à nous de développer des idées pour créer un nouveau modèle. Nous allons, par exemple, fabriquer avec les moyens du net, une web série. Mais ça n’est pas tant une économie d’argent que de moyens humains. Avec cette stratégie, nous sommes obligés d’avoir des équipes réduites et autonomes avec l’objectif de revendre les modules de 3,30 minutes à un diffuseur TNT ou historique, ou bien de l’avoir avec nous dès le début en tant que partenaire. Arriver avec des chiffres, une image et une communauté est un avantage.

Grâce ou à cause du web, le métier de producteur TV est en pleine mutation… Comment faire exister les petits producteurs ?

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Je pense qu’il y a les grands groupes, qui continueront de travailler en fonction de leurs catalogues mondiaux et grâce à des formats forts, ils auront le pouvoir d’imposer d’autres programmes. Puis il y a d’autres producteurs, dont je fais partie, qui vont devoir faire différemment en privilégiant le partenariat. Il faut désormais répondre aux besoins des chaînes. Le fait d’avoir dépasser le milliard de vues nous donne une légitimité, une expertise, une puissance sur le web et une communauté de 8 millions de gens nous positionne comme ceux qui peuvent solutionner des problèmes liés au numérique auprès des diffuseurs. C’est compliqué de faire coïncider les deux mondes. J’ai réussi à le faire avec mes équipes et il faut continuer.

Les chaînes de la TNT tentent suffisamment selon vous ?

Pas tant que ça malheureusement. Les chaînes des groupes sont des refuges économiques parce qu’elles sont très rentables. Les groupes gardent leur positionnement par le cumul de toutes leurs chaînes mais, il aurait été plus utile de faire de ces chaînes des laboratoires. Si TPMP est un succès aujourd’hui, c’est parce que France 4  a laissé le programme s’installer et se roder durant plus d’un an. Plus aucune émission n’a la chance de pouvoir arriver sur une grille prête, rodée, en connaissant ses forces et ses faiblesses. On ne peut pas construire une bande du jour au lendemain.

Votre regard de patron et votre appétence pour l’entreprenariat vient de vos études de commerce ?

J’ai arrêté en 3ème année parce que je m’ennuyais. Le marketing avait ma préférence par rapport au plan comptable. J’ai eu l’opportunité de faire autre chose. La radio me permettait de bien gagner ma vie et je vois un tas d’étudiants surdiplômés qui ne trouvent pas de travail. J’ai choisi de prendre ce train là mais si j’avais poursuivi, je crois que je me serais tout de même diriger vers le marketing et l’image. Est-ce que aujourd’hui je serais patron de chaîne ? Je ne sais pas…

Les réseaux sociaux ont une grande importance chez le public jeune qui est aussi votre public. Que voulez-vous leur dire sur ce moyen de communication ?

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Il faut être vigilent car la vie en réalité est plus violente, plus haineuse et ne se compare pas à ce qu’on nous montre sur les RS.

On est en train de construire un nouveau type de média avec un projet un peu dingue. On est au cœur de la levée de fonds… Il y a différents réseaux sociaux et ce que l’on voit aujourd’hui n’est que le balbutiement de ce que l’on verra demain. Je crois réellement que tout va extrêmement vite et qui falloir que les médias deviennent aussi des médias de Smartphones.

La notoriété est devenue une valeur depuis l’arrivée de la Télé réalité. Quel est votre rapport à la notoriété ?

Je n’ai aucun souci pour arrêter l’antenne. Pour devenir patron de « Rire et chanson« , je n’ai pas longtemps hésité. L’ombre ne m’a pas gêné, loin de là. Je voulais tellement être directeur des programmes d’une radio que lorsque l’on m’en a donné la possibilité, j’ai dit « ok ». Si j’ai refusé des projets télé récemment c’est justement parce qu’à 43 ans, je ne veux pas faire n’importe quoi. Quant à la notoriété comme valeur, si elle ne repose sur aucune expérience ou/et talent, c’est compliqué de durer.

Quelles seront les idées principales de votre deuxième spectacle ?

aff cauet a grandi

J’ai voulu faire très différent du premier. Je commence à connaitre mon public à force d’avoir roder le premier. J’ai souhaité me livrer un peu plus, être plus proche du public. J’évoque des sujets comme le suicide ou encore l’hôpital ou la masturbation parce que j’aime jouer avec des sujets un peu limites et y apporter mon regard. Alors, RDV en juin.

Cauet sur scène en juin 2016.
photos : Renaud Corlouer

Yasmina Jaafar

 

 

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