HYPER-MACRON, HYPER-IMAGE : LE REGARD DU PHILOSOPHE DES MÉDIAS BERTRAND NAIVIN

Hyper-Macron. Quand l’image vient tout investir… Bertrand Naivin, philosophe des médias et membre du #ClubDeLaRucheMedia apporte quelques pistes de réflexion sur la place de l’image dans la comm Macron.

Explication :

Depuis qu’il a été élu, notre président semble être devenu une hyper-image. D’abord une image dont l’omniprésence dans les médias lors de la campagne présidentielle le fit passer aux yeux de certains pour l’homme des médias et de la presse. On ne compte plus les magazines sur la couverture desquels s’afficha pendant toute cette période le visage de l’ancien ministre de l’économie de François Hollande. Une suspicion qui ne parviendra cependant pas à porter de discrédit sur ce jeune candidat alors dans une course à l’Elysée marquée comme jamais par le désir d’en découdre avec une politique jugée trop affairiste, oligarchique et trop éloignée du peuple et de la « vaie vie ».

Il est aussi l’image de la jeunesse. Celle de ses 39 ans qui en fait le plus jeune président élu de la Cinquième république. Celle de sa vie politique, commencée il y a trois ans et de cette fulgurante ascension qui fut la sienne. Si il avait fallu à tous ses prédécesseurs une longue vie politique et montrer la gageur d’une certaine expérience législative et parlementaire avant d’atteindre le poste suprême, Emmanuel Macron y parvint quant à lui sans avoir jamais été élu, et sans réelle « histoire » politique. Jeunesse de son mouvement également, formé pour sa campagne, et dont les membres doivent à présent consolider l’organisation et l’idéologie pour lui assurer une longévité qui reste à prouver. Celle des membres de son gouvernement et de la nouvelle assemblée également, ainsi que celle du renouvellement politique qu’il entend incarner. Il se veut enfin être l’image d’une nouvelle ère présidentielle, faite de rigueur et d’esthétisme, comme l’attestent le caractère très graphique de sa silhouette altière entrant au Carrousel du Louvre avant la prononciation de son discours de président tout nouvellement élu, et le soin qu’il mit à agencer le bureau qui figure derrière lui sur la photographie officielle de sa présidence. De l’agencement des triangles et la démarche altière dans une austérité chromatique de la première à la composition très maitrisée de la seconde.

Il est à présent cette image que les médias et les internautes sur les réseaux sociaux ne cessent de décortiquer, analyser, et finalement de produire à leur tour. De ce discours proféré devant une des pyramides du Louvre à cette photographie présidentielle dans la mise en scène desquels nombre de commentateurs crurent voir certains signes d’une allégeance à la Franc-Maçonnerie, nous assistons à une réelle herméneutique macronniste qui double chacune de ses images d’une myriade de références, de possibilités, d’interprétations, d’éventuels signes à décrypter.

Il est alors devenu cette hyper-image, virale et omniprésente. Il n’y a qu’à considérer pour s’en convaincre les nombreux détournements parodiques dont fut l’objet la photographie officielle du président, tout comme ceux plus récents de celle le représentant hélitroyé le 4 juillet dernier pour effectuer une visite du sous-marin Le Terrible sur la base de l’Ile Longue, près de Brest.

Le caractère pour le moins insolite de l’image et de la situation a alors donné lieu à de multiples détournements diffusés sur les réseaux sociaux, et notamment Twitter. C’est ainsi qu’au bâtiment militaire fut substitué une image du Tour de France, la Maison Blanche, une montagne au milieu des nuages figurant le mont Olympe de la mythologie grecque – référence obligée pour ce chef d’état qui se revendique « jupitérien » – ou une planète.

Le philosophe Lev Manovitch voyait le logiciel de retouche d’image Photoshop – édité par Adobe – comme la figuration d’une nouvelle culture de la retouche et du détournement. Ces « Macron dans l’espace » ou « Macron sur le mont Olympe » confirment quant à eux cette nouvelle ère qui est la nôtre. L’homme n’est alors plus seulement cet animal politique comme le pensait Aristote, mais bien une image numérique sujette à tous les déplacements. Cela, Emmanuel Macron l’incarne en devenant cette hyper-image, ce #Macron qui, à l’aune de ces déclinaisons digitales et de leur dispersement sur la Toile, se voit à présent propulsé dans cet hyper-espace qu’est Internet. Un Hyper-Macron en quelque sorte.

Bertrand Naivin

Philosophe des médias et de la vie connectée
Enseigne à l’université Paris 8
Chercheur associé au laboratoire AIAC
Auteur de Selfie, un nouveau regard photographique (préface de Serge Tisseron), Paris, L’Harmattan, coll. Eidos, série Photographie, 2016

 

 


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