« GUERNICA » DE PICASSO, L’HISTOIRE CACHÉE…

« Guernica » fête, cette année, son 81e anniversaire. Depuis le 27 mars dernier, une grande exposition autour de l’œuvre se tient au Musée Picasso situé dans le quartier du Marais à Paris. Le tableau du peintre espagnol reste encore, pour de nombreux artistes, une source d’inspiration. C’est surtout une œuvre emblématique, l’œuvre qui dénonce le mieux l’absurdité de la guerre. On croyait tout savoir sur «  Guernica » et sur l’artiste, mais non, on vient d’apprendre de nouvelles révélations.

Par Dounia Tengour, Hispaniste, Chercheuse Sorbonne-Nouvelle

Guernica, c’est d’abord le bombardement d’une petite ville basque effectué le 26 avril 1937 par plusieurs escadrilles de la Légion Condor de l’aviation allemande, venues prêter main-forte aux troupes nationalistes dirigées par le général Franco. Après avoir lâché leurs bombes incendiaires, les avions de la mort laissent derrière eux une ville en ruine dévorée par les flammes et des milliers de cadavres gisants sur un sol calciné.

Ce raid d’une aviation militaire sur des populations civiles bouleverse Paris et les autres capitales européennes. Il marque le prélude de ce que sera, quelques années plus tard, la barbarie nazie qui s’abattra sur une partie de l’humanité. À la même période, à Paris, Pablo Picasso qui a reçu une commande du gouvernement républicain pour orner le pavillon espagnol à l’exposition universelle de Paris, veut utiliser le symbolisme pour évoquer la guerre civile qui ravage son pays.

Dans son atelier, situé 7 rue des Grands-Augustins, il va entreprendre de réaliser une œuvre gigantesque. Il s’agit pour lui de peindre une fresque monumentale, un tableau de trois mètres cinquante sur huit mètres. Une œuvre qui doit étonner le monde.

Mais l’inspiration n’est pas au rendez-vous. Picasso n’aime pas travailler sur commande. C’est un créateur de génie, un hyperactif rebelle qui n’obéit qu’à sa volonté. Mais on lui a laissé le champs libre, il peut donc peindre comme il l’entend.

On prétend qu’à chaque tableau, Picasso refaisait le monde, et c’est vrai. Mais il refaisait aussi sa vie… Le tableau ne décrit pas une scène de guerre classique. Dans l’esprit de Picasso, c’est une suite de signes et de symboles qui va permettre de traduire l’horreur de la guerre.

Car Guernica, c’est d’abord un cri déchirant contre l’absurdité de la guerre.

Entre le 1er mai et le 4 juin, Picasso réalisera 45 études préliminaires qui sont conservées et datées. Au cours de la période préparatoire, le tableau, peint en noir et blanc, connaitra huit états successifs avant la version finale présentée le 4 juin 1937. Dora Maar, muse et amante de l’artiste, prendra des photos tout au long de l’élaboration de la toile.

Jusqu’au dernier moment, Picasso n’a pas donné de nom à son tableau. Ce n’est que lorsque son ami Paul Eluard qui lui rend visite, accompagné de quelques amis, que l’un d’eux à la vue du tableau s’écriera : « Guernica ! ». Le tableau vient de trouver son nom. Le maître du cubisme a signé là, son œuvre magistrale. Ce tableau est l’un des plus connus au monde.

Mais une polémique récente, suscitée par un spécialiste, vient remettre en question la thèse officielle.

Selon un certain José María Juarranz, historien et géographe diplômé de l’Université Complutense de Madrid, qui vient de publier un livre, « Guernica. Le chef-d’œuvre méconnu » (Guernica. La obra maestra desconocida aux éditions Rodrigo Juarranz), l’œuvre de Picasso n’aurait rien à voir avec le bombardement de Guernica.

Toujours selon ce professeur, c’est à tort que l’on pense, que ce tableau qui dénonce les atrocités de la guerre et qui est présenté comme le symbole du pacifisme, a été inspiré par le drame de Guernica. En réalité, il reflète tout simplement des épisodes tragiques de la vie de l’artiste.

Cet éminent spécialiste a passé quatorze ans à décortiquer dans les moindres détails la peinture de Picasso. Il signe aujourd’hui, un travail de recherche accompagné de plus de 250 pages de photos et de témoignages et il déclare devant la presse : « Picasso n’était ni affecté ni touché par le bombardement de Guernica. Quand on connaît la vie et l’œuvre du peintre, on sait que la seule chose qui l’intéressait, c’était lui-même ».

Ce sont des mots très durs contre un artiste engagé qui a proclamé très haut : « La peinture n’est pas faite pour décorer les appartements, c’est un instrument de guerre, offensif et défensif, contre l’ennemi. » On peut s’interroger sur les motivations profondes de ce chercheur. Rétablir la vérité ? On a envie de sourire… N’est-ce pas plutôt le désir inavoué d’accoler son nom au peintre le plus célèbre du XXe siècle ?

La recette n’est pas nouvelle. On ne se souvient de Brutus que parce qu’il a assassiné Jules César… Certes, dans la peinture de Picasso certains thèmes sont récurrents. Des thèmes liés à la tauromachie. Le taureau est symbole de violence et de brutalité. Le cheval incarne la victime innocente. La colombe qui s’efface, est le symbole d’une paix impossible et la fleur représente la fragilité en même temps que l’espoir.

Des évènements plus personnels reviennent souvent sous forme symbolique dans l’œuvre du Maître. Qu’y a-t-il d’étonnant à ce que l’artiste puise dans sa propre souffrance pour exprimer la douleur ?

Laissons le dernier mot à Pablo Picasso. Ce dernier a affirmé que cette anecdote est en partie vraie.

Durant l’occupation, l’ambassadeur d’Allemagne Otto Abetz, entouré de dignitaires nazis, visite l’atelier de Picasso. Il feuillète l’album de photos des toiles de l’artiste. Il s’arrête devant la photo de la toile de « Guernica ». Admiratif, il demande :

  • C’est vous qui avez fait cela ?

Picasso répond :

  • .. c’est vous !

On a envie d’applaudir et de crier : Bravo l’artiste ! Le tableau restera au MoMa de New York pendant plus de quarante ans. Picasso ne souhaitait pas que son œuvre aille en Espagne tant que le pays n’aurait pas « récupéré les libertés qui lui ont été arrachées».

Après la mort de Pablo Picasso en 1973, la toile retourna en Espagne le 25 octobre 1981.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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