
Avec Marie Madeleine (présenté en sélection officielle dans la section Cannes Première), la comédienne et réalisatrice haïtienne Gessica Généus filme un pays où la pauvreté et la survie façonnent les existences, sans jamais effacer leur humanité. À travers le parcours d’une femme confrontée à la précarité et à la marginalisation, elle interroge la condition des femmes, la résilience et la quête de compréhension de son peuple. Un cinéma qui, avant de chercher à expliquer, veut d’abord faire ressentir. En salles le 21 octobre.
Avec Marie Madeleine, vous filmez une Haïti confrontée à la pauvreté, mais aussi à une grande vitalité. Comment avez-vous voulu éviter que la pauvreté devienne simplement le décor ou le sujet spectaculaire du film ?
Le fait d'avoir grandi dans ce pays,le fait que ce film est un condensée de questionnement réel qui m'habite, me tourmente, me garde prisonnière de ma condition humaine. Ces faits, ce rapport avec le pays me force à regarder au-delà. Parce que je suis dans une vraie quête de compréhension de mon peuple. Et de cette terre que j'appelle ma patrie.
Marie Madeleine est une femme résiliente. Qu’est-ce que son parcours raconte de la place des femmes en Haïti, de leur vulnérabilité mais aussi de leur capacité à résister ?
Marie-Madeleine nous fait regarder comment la vie s'articule dans l'inconfort extrême. Comment exister dans une société qui laisse très peu de place à L'expression profonde de qui nous sommes. C'est ce que tous ceux qui sont marginalisés dans ce pays ont toujours fait. Et bien sûr, c'est ce que les femmes ont toujours fait. Faire avec ce qu'on a. Faire quand on peut et pas quand on veut. Penser aux autres avant de penser à soi.
La question de la survie traverse le film : survivre économiquement, socialement, affectivement. Comment avez-vous travaillé cette notion de survie sans enfermer vos personnages dans le statut de victimes ?
La survie est un fait. Un fait écrasant du quotidien mais en bout de ligne c'est un fait avec lequel on vit depuis plusieurs décennies. Tout comme Marie Madeleine est pute depuis plusieurs décennies. Rien n'est nouveau pour mes personnages. Ils ont toujours su trouver une façon d'articuler leur vie autour de cette spirale béante qu'est la survie. Ils en sont victimes mais ultimement ils sont encore là, vivant et prennent les choses un jour à la fois.
Vous êtes comédienne et réalisatrice haïtienne. Le cinéma est le bon outil politique pour raconter Haïti de l’intérieur, avec ses croyances et ses habitudes religieuses ?
La littérature a toujours été l'outil le plus accessible pour raconter Haïti. Contrairement au cinéma, il ne réclame pas une énorme machine pour remplir des pages. Mais le cinéma donne des visages, des décors, un son à ces récits racontés depuis longtemps à notre sujet. Ils permettent de s'attacher à des histoires et aux gens qui les portent.
Votre film a fait sensation à Cannes. Qu’est-ce qui a changé dans votre regard de cinéaste depuis votre premier film, et qu’aimeriez-vous que le public français emporte avec lui au générique Fin ?
Peut importe ce que quelqu'un ressentira en quittant une projection de Marie Madeleine, j'espère qu'il le ressentira intensément. Je fais partie, j'espère, de ce courant de cinéastes qui font un cinéma qui génère des émotions avant une compréhension intellectuelle. Toute émotion est légitime. Et je leur dis merci de m'avoir permis de désormais faire partie de leur imaginaire.
