Patrice Franceschi : « Le pessimisme du constat doit mener à l’optimisme du combat »

Par
Yasmina Jaafar
19 octobre 2026

Aventurier, écrivain et philosophe de l’engagement, Patrice Franceschi a longtemps raconté ses voyages, ses expéditions et ses combats. Avec Tout surmonter, publié chez Albin Michel, il choisit cette fois d’en dévoiler l’envers : les échecs, les trahisons, les rêves fracassés et les épreuves qui façonnent une existence. De ses expériences les plus extrêmes à ses convictions sur le monde contemporain, il livre une réflexion sur la liberté, le courage et la nécessité d’apprendre de l’adversité. Une invitation à refuser le conformisme et à rester maître de sa vie, sans jamais renoncer à l’optimisme.


"Tout surmonter", le titre de ce livre chez Albin Michel, porte un sous-titre essentiel qu'il faut rappeler "Où du moins essayer..." Car on ne revient pas toujours indemne des situations extrêmes. L'essentiel est donc d'essayer de s'en sortir, quoi qu'il arrive, d'une manière ou d'une autre, en acceptant de payer le prix de cette liberté. Si la vie de chacun d'entre nous peut se résumer, d'une certaine façon, à une succession d'épreuves qu'il nous faut surmonter, l'essentiel est de pouvoir dire à la fin : nous avons gagné, c'est-à-dire que nous avons pu faire de nos vies à peu près ce que nous voulions qu'elles soient. Rien ne doit nous détourner de cette volonté d'être en toute circonstance propriétaires de nos existences.
Pour le reste, comme l'avaient si bien théorisé - et mis en pratique - nos braves stoïciens de l'antiquité, il est absolument certain que ce sont les épreuves qui nous forgent et nous renforcent. L'on ne sait rien de soi si l'on n'a pas été mis à rude épreuve. Et comme le disait si bien Nietzsche, ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Ce sont les chemins difficiles et ardus qui nous hissent sur les sommets, non les chemins aisés, surtout s'ils se cantonnent aux sentiers balisés. C'est en sautant hors des rails que nous savons ce que nous valons.


Et puisque vous me demandez laquelle de ces épreuves est inoubliable, je dirais qu'il n'y en a pas une seule mais dix : celles que j'ai justement choisi de raconter dans ce livre. Dans l'ordre : trahison, rêves fracassés, conformisme, adversité, prison, mort, connerie... peur, grands rêves déçus. Pour chacune de ces épreuves, je prend un exemple vécu, je le raconte, et tente de transformer cette expérience en conscience. Prenons par exemple, deux de ces épreuves : la trahison et la connerie... Voilà ce que je peux en dire ici.


Pour la trahison : elle concerne Jean-Louis Borloo, l'ancien ministre d’État qui pense que dire c'est faire et dont la qualité principale, comme j'ai pu le vivre dans ma chair, est de ne pas tenir ses engagements. En 2009, il me confie une mission officielle du Grenelle de la mer pour mettre en valeur ce dernier à travers un tour du monde scientifique effectué à bord de mon trois-mâts La Boudeuse. Dans "Tout surmonter", je publie les trois pages de ma lettre de mission, signée par trois ministres, et raconte ensuite comment Borloo abandonnera cette mission en cours de route, avec une désinvolture incroyable, au prétexte que le Président de la république de l'époque, Sarkozy, avait changé de politique concernant la mer et la défense de l'environnement. Trahison qui manquera me faire perdre mon navire. Mais je vous laisse découvrir les péripéties de cette invraisemblable "épopée"...


Pour la connerie... : elle concerne Emmanuel Macron. En la matière, il faut dire la vérité telle qu'elle est, sans euphémisme et sans langue de bois. Car si dans la vie, les bêtises humaines se contentent généralement de ridiculiser ceux qui les commettent, les conneries politiques, elles, finissent par tuer ceux qui en sont victimes. C'est ainsi que la trahison des Kurdes de Syrie par Macron au début de cette année, au profit du régime islamiste de Damas dans un invraisemblable renversement d'alliance, a déjà provoqué la mort de nombre de mes camarades combattantes kurdes au côté desquelles je me suis engagé douze années durant. Ces femmes et leurs camarades masculins, nous avaient pourtant aidé à nous débarrasser de Daech, l’État islamique, notre ennemi commun, responsables des attentats de masse dans notre pays à partir de 2015 - Charlie hebdo, Bataclan, Nice... Ils avaient payé le prix du sang : 36.000 tués et blessés dans leurs rangs. Un seul soldat français mort au combat. Macron avait donc promis aux Kurdes, j'en suis témoin, de les récompenser en ne les abandonnant jamais. Voilà maintenant nos anciens amis et alliés massacrés par les islamistes que soutient désormais Macron. Ils auront donc payé deux fois le prix du sang. Ainsi va une certaine politique de la France d'aujourd'hui au détriment de nos intérêts sécuritaires. Car nos nouveaux "alliés" islamistes se sont empressés de libérer tous les terroristes que les Kurdes gardaient pour nous. Si, comme je le crains, des attentats de même nature qu'en 2015 reviennent sur notre sol, il faudra demander des comptes à ceux qui les auront favorisés par manque de lucidité, de volonté et de courage.


Il faut toujours apprendre de toute chose : drames, bonheurs, succès, échecs... C'est une forme d'obligation morale et spirituelle. Sinon, à quoi bon vivre ? Ne nous amputons jamais de cet apprentissage. Il est à la portée de tous. C'est même l'apprentissage le plus démocratique qui soit car il ne dépend ni des origines sociales, ni de la richesse matérielle, ou de quoi que ce soit d'autre. D'ailleurs, l'un des objectifs de nos vies ne devrait-il pas être de vouloir sortir de la vie meilleurs que nous y sommes entrés ? En ce sens, je ne crois pas qu'il y ait des épreuves dont on ne tire rien. Il faut refuser de traverser la vie sans comprendre et sans apprendre. Si l'on a ce désir, il me semble que l'existence devient tout à coup beaucoup plus excitante. Le "chant de la vie", c'est aussi cela.


Il faut partir de l'idée positive que l'on peut toujours transmettre une expérience - même si dans la réalité il est impossible que cette transmission soit totale. Au moins, là encore, essayer... C'est, en quelque sorte, la règle du jeu. Cette transmission se déposera dans les esprits de manière chaque fois différente, en fonction des capacités de réception de chaque esprit, mais il en restera toujours quelque chose. On plante des graines, elles peuvent germer ensuite, surtout dans les jeunes esprits. Du moins si ces esprits se sont débarrassé du conformisme - c'est l'un des chapitres du livre. Car le conformisme est une forme de maladie spirituelle particulièrement pernicieuse sous son apparence anodine. Le premier effet de cette maladie est de contrarier les vocations de jeunesse lorsqu'elles se situent hors des sentiers battus. Il en résulte que le premier combat de la vie à l'adolescence est de surmonter le conformisme qui fossilise nos sociétés - tombeau de tous les rêves - pour tracer sa propre route et créer ses propres valeurs.

 
Je ne peux que le répéter : le pessimisme du constat doit mener à l'optimisme du combat. C'est une formule que je me suis inventé pour moi-même - mais beaucoup d'autres écrivains dans les temps passés on dit la même chose à leur manière quand leur société traversait les orages de l'histoire. Cet optimisme actif de l'humanisme combattant - qui est pour moi une manière d'être - rend lui aussi la vie plus intense et valorisante. Ne jamais baisser pavillon est plus exaltant que l'esprit de résignation, d'abandon ou de capitulation. Quitte à en mourir. Comme le disaient aussi en substance les Stoïciens, la crainte de la mort est le début de la servitude. Et tout ce que nous avons à craindre, en réalité, est de mal utiliser le peu de temps que la vie nous concède sur terre.


La perte des êtres chers... Même quand on parvient à faire son deuil, quelque chose d' inguérissable demeure à jamais.

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Productrice, journaliste, fondatrice du site laruchemedia.com et de la société de production LA RUCHE MEDIA Prod, j'ai une tendresse particulière pour la liberté et l'esprit critique. 

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