JEAN D’ORMESSON ENTRE DANS LA PLEIADE, LE MARCHE PLUS FORT QUE LA LITTERATURE

Jean DO rejoint le cercle fermé de la Pléiade. Un choix d’Antoine Gallimard qui surprend. Les ventes sont-elles le nouveau critère d’une installation au sommet littéraire ?

Réponse :

Jean d’Ormesson vient de sortir de l’hôpital du Val-de-Grâce où il a été admis le 14 avril après un malaise sur le plateau de « C à vous ». Il va mieux et c’est tant mieux. Il va pouvoir déguster cet honneur fait de son vivant puisque l’auteur de 89 ans trône désormais parmi les grands noms de la prestigieuse bibliothèque, la Pléiade.

Le volume contient « Au revoir et merci », « La Gloire de l’Empire », « Au plaisir de Dieu », « Histoire du Juif errant ».

Jean Bruno Wladimir François de Paule Lefèvre d’Ormesson né le 16 juin 1925 dans le 7 arrondissement de Paris est aussi nommé Jean Do. Une familiarité voire une proximité avec les français qui prouve un succès sans faille. Une popularité à toute épreuve. Les femmes l’adorent et rêvent qu’il vienne prendre le thé avec elles. Les hommes le scrutent, sourire aux lèvres tout aussi charmés et ravis. Ce petit bonhomme continuellement bronzé enchante ! Ses yeux bleus attendrissent et son phrasé particulier captive. Certes…

jean do

Mais tout cela mérite-il de figurer au Panthéon des lettres ? Peut-être pas. Jean d’Ormesson vend. Il fait partie des trois meilleures ventes 2014, entre Marc Levy, le numéro 1 et Guillaume Musso, le 3ème. Une réussite qui ne prouve pas la qualité littéraire. Un succès qui rassure les éditeurs. Des ventes affolantes qui imposent l’auteur dans le paysage français, bien évidemment, mais qui ne représentent pas une valeur stylistique. La fameuse collection de Gallimard semble coincée entre le marché et la littérature.

Les 39 romans de Jean Do sont agréables et faciles à lire. Ils proposent une vue de la vie simplifiée, mâchée presque digeste. L’écrivain adopte une posture de presque-philosophe capable de vulgariser les grandes théories du monde avec un sourire hypnotisant…  et notons qu’il réussit un exploit en vendant des palettes pleines avec le mot « Dieu » dans ses titres… Il raconte des histoires. Cela étant dit, La Pléiade a toujours eu pour vocation de proposer des écrivains engagés qui transformaient la littérature, lui permettant d’avancer pour l’inscrire dans une éternité. Si nous pouvons oublier ce qui se déroule dans une roman de Jean d’Ormesson ou de Musso, nous ne pourrons jamais oublier les mots, le style et l’histoire entière de Romain Gary, André Gide, André Malraux, Paul Claudel, Milan Kundera ou Honoré de Balzac. Ces hommes là ont tordu la langue, inventé une vision, créé du rêve. La planète jouit de ces œuvres encore aujourd’hui. Elles sont éternelles.

jean do la pléiade

Alors, notre Jean Do national à l’œil cocasse est un plaisir. Ce braqueur d’amour nous a tous eu. Nous l’aimons ! C’est fait ! Même François Hollande l’interroge en novembre dernier : « Vos livres suscitent toujours des compliments, y compris de ceux qui ne les lisent pas, vous avez réussi toute votre vie à être aimé… Comment avez-vous fait ? ».

Mais admettons que la stratégie commerciale inonde ce choix mondain de la collection de Gallimard. Son œuvre est-elle bourrée d’idées novatrices ? Est-elle la référence d’une construction stylistique complexe et transcendante ? N’y a-t-il pas, en revanche un fleuve de simplicité, de facilité et  de phrases convenues…?

Nous devrions garder nos exigences pour que La Pléiade reste La Pléiade.

Yasmina Jaafar

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