ARNAUD VIVIANT : RETOUR SUR LES PRIX LETTERAIRES, LE METIER DE CRITIQUE, LA REVUE CHARLES, DONADL TRUMP… LE JOURNALISTE DIT TOUT !

Arnaud Viviant est journaliste, critique culture et politique. Il a fondé l’excellente revue Charles. Nous l’avons rencontré pour balayer avec lui une partie de ce qui fait l’actualité : Les Prix littéraires, la victoire de Trump, Charles, l’état de la télévision…

Rencontre :

Charles, la politique et l’argent :

En mars 2012, vous créez le 1er Gouvernement des écrivains indiquant que c’est aux peuples et aux artistes de prendre le pouvoir. En 2016, un homme « du peuple » et de la société civile entre à la Maison Blanche. Qu’est-ce que ça vous raconte du monde ?

Alors, j’ai toujours aimé la politique et ce qui se passe là m’intéresse. Jusqu’en 2007, j’ai été sur le matinale de Canal+. Je faisais un édito très différent des éditorialistes installés. Je suis arrivé de la société civile quelque part… et je pensais qu’on pouvait être critique de politique comme on est critique littéraire. Et d’ailleurs De Gaulle disait « La politique est trop importante pour être laissée aux politiciens« .

C’est cette devise qui motive la création de votre trimestriel Charles ?

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Oui ! Et en tant que littéraire, je voulais que les écrivains s’emparent de la chose politique. Le XIXème siècle a été rempli de grands écrivains politiques à commencer par Victor Hugo qui a fini à l’Assemblée Nationale. Puis au début du XXème ça se tarit jusqu’à ce que le désengagement soit total. J’ai remarqué un désinvestissement complet de la littérature par rapport à la politique. Donc j’ai créé Charles, une revue entre littérature et politique.

Est-ce que ce 1er gouvernement a été bien perçu ?

Il y a eu un quiproquo avec ce 1er numéro. Etant donné que je suis aussi critique littéraire, les médias ont pensé qu’il s’agissait d’une revue littéraire. Et donc il a fallut que l’on remette la barre dans le bon sens.

La particularité de Charles est… ?

Nous souhaitons que les papiers soient long, environ 20 000 signes, ce qu’on ne peut plus lire dans la presse aujourd’hui. Ils sont extrêmement bien écrit. Nous avons la volonté de  parler de politique mais d’en parler autrement. Par exemple, on ne parle jamais d’idées comme « Comment diminuer les impôts ? ». Ce qui nous intéresse c’est le signifiant et non le signifié de la politique.

Que recouvre ce dernier numéro, le 19 ème, sur la politique et l’argent ?

Ce numéro a été très important pour moi. L’argent prend une vraie place et on le voit d’ailleurs dans la campagne américaine qui a été dominée par l’argent. Trump a perdu 1 milliard dans cette élection ! C’est aussi parce qu’il est milliardaire qu’il a pu ce présenter. C’est pas vraiment la victoire du peuple.

Pourquoi selon-vous a-t-il gagné ?

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Les américains en ont assez des dynasties : Les Kennedy, Les Bush, les Clinton… Ils disent stop à l’aristocratie politicienne. C’est une des raisons de sa victoire. Les Clinton sont là depuis 40 ans. Ils avaient le choix entre les Simpson et House of cards. Ils ont choisi ! Ils préfèrent le cartoon au cynisme.   

Revenons en France, note-on une vraie différence quant au rapport aux sous ?

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Ici, c’est toujours assez vulgaire de parler d’argent. Alors que d’une certaine manière les politiques ne parle que de ça à travers leurs propositions. Mais quand vous voulez avec eux évoquer les thèmes de l’argent, il n’y a plus personne.

Vous avez aussi été critique de télévision. Avez-vous pu regarder « Une ambition intime » avec Karine Lemarchand ? Elle aussi souhaite parler des politiques autrement…  

Je n’ai pas pu la voir.

Pourquoi ?

Je ne regarde plus la télévision. Elle a explosé sous l’effet d’internet ce qui fait que à mon sens elle n’est plus regardable. Je suis un enfant de lé télé mais quand il y avait 6 chaînes. Elle était encore en soit quelque chose. Aujourd’hui, j’ai une télévision avec 500 chaînes de tous les pays où la notion de programme n’existe quasiment plus. Je ne m’y retrouve pas. Concernant « Une Ambition intime« , même sans l’avoir vu, je suis quasi certain qu’elle n’a jamais posé une question sur l’argent. Et pourtant, il n’y a pas plus intime que son rapport à l’argent.

Jean-François Copé, lui, en parle…

Oui ! En effet, mais l’histoire du pain au chocolat est importante. Ce qui est frappant là-dedans ce sont les 15 centimes ! Parce que tous ceux qui ont un rapport à la vie réelle c’est à dire 99.9% des gens, savent qu’on n’a rien avec 15 centimes. Il aurait dû dire au moins 1 euros !

Pourquoi Benoît Hamon en Une ?

Parce qu’il est le seul a avoir accepté de nous répondre. Montebourg, Macron, Juppé… ils ont tous refusé. Ils grattent sur nos RSA et autres revenus et eux n’ont aucun rapport avec l’argent.

La crise de la presse écrite vous oblige-t- elle à des méthodes drastiques ?

Oui. On rémunère très mal nos journalistes qui sont du coup de très jeunes journalistes. Il y a un côté école de journaliste dans Charles. Sur leur CV ça existe et ils finissent pas être embauchés par d’autre médias. On a décidé de ne pas avoir de pub et on a désormais une vente en kiosque ce qui aide quand même pas mal pour la visibilité et donc a survivre. On n’a tenu le quinquennat. Je suis ravi. Le numéro 20 sortira en janvier et sera sur l’extrême Gauche.

Profession critique :

Vous aimez la critique depuis l’enfance ?

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Au lycée, je faisais déjà un journal où j’étais déjà le critique de Rock. J’écoutais Le Masque et La Plume et je rêvais d’en être. J’étais un enfant assez seul et j’aimais bien dialoguer avec moi-même. Très vite, après l’enseignement, j’ai voulu faire du journalisme. Voir le journal fini arriver… est un plaisir. C’est un vrai objet.

On se souvient de l’Abbé du Bos ou encore de Balzac, les pionniers de la critique. Comment vivez-vous votre travail de critique ? Ils sont souvent « critiqués » alors qu’à mon sens vous êtes un pont entre une œuvre et son public… non ?

Oui, il faut bien que quelqu’un rende compte de ces lectures, ces films, ces œuvres…

Etre critique participe-t-elle de l’histoire de l’art ?

Tout à fait ! Il n’y a pas d’Art sans critique. C’est un des problèmes structurels du moment. La critique est en train de mourir pour des raisons économiques. Et c’est un vrai problème pour l’Art car l’artiste a besoin d’un critique en face de lui. Je le sais d’autant plus que j’ai écrit des papiers tous les jours et au bout d’un moment vous perdez le recul donc si le regard du lecteur, du secrétaire de rédaction ou du correcteur est absent, ça devient compliqué.

La valse des Prix littéraires :

Les Prix résistent-ils bien au temps ?

Ernest Ronan a décidé de conceptualiser les Prix et de l’installer entre septembre et décembre pour qu’il ait une liaison entre littérature et rentrée scolaire avec une volonté de pédagogie. Puis ça fonctionne parce que les livres se vendent 3 fois mieux, il y a donc un effet « Prix ». C’est un évènement qui fait parler de l’écrivain comme une figure médiatique valable.

Quel est votre bilan quant aux Prix 2016 ?

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J’aime beaucoup « Chanson douce » de Leila Slimani (Prix Goncourt). Je ne dis pas que c’est un chef d’œuvre de la littérature mais elle a 35 ans, c’est son 2ème roman. Elle amène quelque chose. Elle est le résultat positif d’une tentative orchestrée par Charlotte Gallimard, la fille d’Antoine Gallimard. Leila Slimani est la 1ère lauréate à sortir de ces ateliers d’écriture. C’est une satisfaction technique. Je déteste le livre de Jablonka qui a reçu le Médicis… Je n’en veux pas personne mais je ne pense pas que le Médicis ne sera pas très fier dans quelques années d’avoir donner ce prix à Ivan Jablonka (Laetitia/Prix Médicis). Quant à Yasmina Reza (Babylone/Prix Renaudot), je ne suis pas fan au départ mais ici, je trouve celui-ci assez exemplaire. Le travail fait est novateur avec une voix de narratrice originale et un niveau de langage particulier. C’est dur d’écrire mal volontairement. Serge Joncour (Repose-toi sur moi/Prix interallié), c’est mauvais !… C’est pas un très bon écrivain. Mais globalement, je n’ai pas vu d’injustice absolue.

Yasmina Jaafar  

 

 

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